Quoi de neuf sur l'île d'Enola ?

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Intrigue n°2 : « Passions »
Des conflits s'engagent entre les Monarchistes et les Anarchistes.
Event n°2 : Le festival de Cayagane
Le festival de Cayagane est victime d'un incendie criminel.
Mini event n°1 : Panique à Vanawi !
Un blocus Anarchiste est en cours à Vanawi, sous surveillance des forces de l'ordre.

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Aube |PV Weston| Zzz5


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Aube |PV Weston|



AUBEfeat. Weston & Lexie Elric


La nervosité m’entrave, chacun de mes gestes lents et maladroits. Une séance de méditation intense n’aura pas suffi à calmer les élans fébriles de mes émotions. Ce lac de calme et de vide que je retrouve régulièrement m’aura été interdit, parasité de pensées que je sais autodestructrices. Néanmoins la sensation de marcher sur un champ de mine relève aussi des faits et de trop nombreuses variables inconnues. Ce qui m’attend aujourd’hui n’a rien de simple et la peur que je ressens pourrait s’avérer justifier. Reconnaître et accepter le sentiment n’est qu’une part du travail. Me calmer en est tout autre, la tâche trop ardue cette fois. Le contrôle m’échappe, entravant mon sommeil de cette nuit et ma capacité à avaler quoi que ce soit ce matin. Un smoothie avalé à contre-cœur aura suffi et suffira jusqu’à ce que la tempête ne soit passée. J’ai appréhendé ce moment si longtemps maintenant que je réalise à peine qu’il se réalisera sous peu. De voir ma famille sans un cadre froid, de voir ma fille sans la moindre réserve, pour la première fois depuis ma libération où Weston et elle sont passés pour m’aider avec tout cela. Ce que j’ai dit alors à mon ex-époux, je le pense toujours. Que je n’étais pas encore prête, que ça n’avait rien à voir avec Lexie. Surtout que je l’aime, que je l’aimerai toujours, et que pour elle je désirais devenir une meilleure version de moi-même et que seule une thérapie intensive me le permettrait.

J’ai mis quelques jours, après ma sortie, afin de réorganiser ma vie, me familiariser avec tout un monde neuf. Enola s’est reconstruite, en majeure partie, pendant mon absence. Je découvre le nouveau contexte politique, duquel j’ai résolument décidé de ne pas me mêler. Évidemment, en tant que Championne, j’ai en quelque sorte prêté serment à la Compétition mais rien ne m’engage particulièrement vers elle. Je laisserai les grands se disputer le pouvoir en veillant à ce que d’aucun ne devienne trop puissant. En attendant, j’ai d’autres chats à fouetter. J’ai visité pour la première fois ma nouvelle maison il y a deux jours, le lendemain de ma visite à l’Arène. Il s’agit d’un petit cottage à quelques rues de la plage et du soleil, une de ces vieilles demeures toutes rénovées, au toit coloré d’ocre. C’est une fois à l’intérieur que j’ai senti les choses se gâter. Devant tous ces paquets livrés à mon intention, contenant toutes les fournitures essentielles à la vie quotidienne… Tous ces objets neufs, sans vie et sans souvenirs. Je recommence à zéro, dois-je me rappeler sans cesse, mais ce n’est pas si évident. Je souffre de solitude et toutes ces choses flambant neuves viennent accentuer cette sensation de vide. Heureusement, il y aura bientôt Lexie.

Nous avons discuté d’une garde partagée à nouveau. Je serais en droit de reprendre le temps partagé à part égale, cependant nous avons convenu qu’une fin de semaine sur deux serait plus approprié pour moi, au début, mais aussi pour notre fille. Lexie habite avec son père depuis quatre ans maintenant, je n’ai guère l’ambition de bousiller ses habitudes, d’autant plus que nous n’avons pas réellement eu l’occasion de créer un lien adéquat de mère et fille. Je ne regrette pas cette décision, même si l’enfant me manque au-delà des mots. Je sais que nos premiers temps seront difficiles, que de revoir Weston tout à l’heure sera difficile (même si de notre côté je peux dire sans mentir que j’en suis venue à me détacher de notre passé ensemble jusqu’à un point où le côtoyer m’est presque agréable), voir Benjamin aussi, se demander pourquoi je ne viens pas le chercher lui aussi… Mon objectif est de laisser à Lexie un petit moment pour s’habituer à moi avant de l’emmener ici. La perspective de visiter l’Arène l’amadouera peut-être. J’espère.

J’ai mis un temps fou à choisir mon accoutrement, comme si l’enfant s’en souciait. J’ai remonté mes cheveux en un chignon élégant et revêtu une chemise qui met en valeur mes nouvelles rondeurs tout en m’offrant un grand confort. Le pantalon, lui, est plutôt sobre. Il pleut un peu, à l’extérieur mais je sais que ce sera passager. Au pas de la porte, Golden m’attend, le parapluie déjà à la main. Nous partons ensemble en direction d’Anula, marchant contre la chaussée humide pour rejoindre l’adresse indiquée par le père de ma fille. Une fois devant, je suis si nerveuse que manque de trébucher dans l’entrée. Je tiens fermement la peluche que j’ai acheté à Lexie dans mes bras, un lémurien aux grands yeux. Il paraît que ce sont ses préférés. Je retiens mes larmes, bouleversée et angoissée, tandis que j’appuie contre la sonnette, impatiente de retrouver notre famille brisée et écartelée, ne serait-ce qu’un instant.
(c)Golden

Mercedes L. Blanchett
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Dim 19 Nov - 18:05
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• Aube •feat. Mercedes L. Blanchett & La marmaille


Un voile gris s'est formé au-dessus d'Anula, libérant sur la ville une fine couche de pluie. Et si la majorité des habitants ont préféré regagner le confort de leur demeur, ce n'est pas le cas de notre petit clan de petits blonds, de toute manière déjà trempés par nos sauts répétés dans la piscine, trônant au centre de la cour. Malgré les grondements du tonnerre, menaçant de loin, je continue de simplement observer les deux jeunes Elric échanger de rires, tout en s'eclaboussant, et m'eclaboussant aussi au passage. Et si les deux enfants ne cessent de m'inviter à se joindre à leur petit jeu, je me contente de leur sourire du bord, les eclaboussant à mon tour de loin, les pieds flottants dans l'eau.

À vrai dire, si je n'aurais habituellement pas hésité une seconde à rejoindre mes enfants, et lancer tour à tour mon fils et ma fille dans l'eau, les faisant ainsi hurler à nous attirer la police, aujourd'hui, je n'ai pas le coeur au jeu. Aujourd'hui, je ne peux que me contenter de les observer d'ici, et de tenter de me préparer à ce qui m'attends. Je ne peux que tenter de me préparer à encore un nouveau changement. Un nouveau boulversement dans ma vie, mais surtout, dans la vie de ma fille.

Par automatisme, je pose une main sur le pelage du Luxio couché à mes côtés, qui a relevé la tête, comme s'il avait senti mon malaise. Plus pour me rassurer moi-même que pour lui, je caresse sa tête, sans jamais lâcher ma fille des yeux. Celle-ci vient de grimper sur le dos de son frère, lui commendant d'avancer, ce que le pauvre garçon peine à faire sous le poids de sa petite soeur le faisant caler malgré ses efforts pour demeurer à la surface. D'ici quelques heures, ma fille va quitter la maison familiale avec sa mère.

Bien sûr, je savais que ce moment arriverait. Le jour où la rose m'a annoncé sa sortie, je savais que tôt ou tard, elle viendrait réclamer sa fille. Je savais, et pourtant, l'idée que ma fille parte, même s'il ne s'agit que d'une fin de semainr sur deux, me terrifie. J'ai peur de la voir mal à l'aise au contact avec sa mère, qu'elle connaît au final si peu, malgré nos visites au centre de détention. Ou pire encore, j'ai peur de la voir préférer le contact de sa mère au mien. J'ai peur, au final, sans réellement savoir de quoi avoir peur.

Dans un grognement, le Luxio redresse de nouveau la tête vers la maison, d'où provient le son d'une sonnette. Et avant même de me redresser, je sais très bien ce qui m'attends de l'autre bord de la porte. Ne voulant pas mouiller toute la maison, je me dirige vers le portaille de la cour, menant vers l'avant de la maison, après avoir indiqué à Mystique de garder un oeil sur les enfants qui, eux, n'ont rien capté du son provenant de la maison.

Le coeur battant à l'idée de la revoir ici, libre comme le vent, chez moi, je me dirige vers celle-ci, pour finalement l'appercevoir là, attendant devant la porte, protégée par un parapluie.

-Mercy, par ici! Ils sont dans la piscine.

J'adresse un sourire à la rose tout en lui faisant signe de me suivre vers les enfants se trouvant à l'arrière. Je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir ce sourire lorsque mon ex-femme quittera avec ma fille, mais pour l'instant, au moins, il tient toujours.

(c)Golden
Weston Elric
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Lun 20 Nov - 23:42
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AUBEfeat. Weston & Lexie Elric


Il s’agit d’une maison agréable, une maison probablement chaotique, une maison de cris, de rires et de pleurs, une de ses maisons qui vit. Je soupire de la comparer au petit cottage dans lequel je devrai vivre désormais. Humble demeure, seule sa proximité avec la plage m’emballe. Pour le reste, elle n’a rien de celle-ci, qui respire le mot «famille». Je me demande si je pourrai y aspirer un jour, moi aussi. Si je me relèverai de tant d’années d’isolation. Weston aura toujours Benjamin, et Lexie la majorité du temps. Mais moi, je serai seule et cette idée m’angoisse. Mes nuits agitées, pleines de songes inquiétants où mes pas me déplacent le long d’une plage infinie, sous un ciel gris, avec pour seule compagnie le chant des oiseaux de mer. L’océan se jette à mes pieds et se retire dans un cycle tandis que je marche sans jamais trouver autre que ce sable, ce ciel et cette eau salée. Je suis seule. Je n’aurais jamais cru le désirer mais à présent le scénario d’une vie familiale, entourée d’enfants, me plairait bien. Peut-être qu’au troisième, je saurai enfin être mère? Quatrième, même, si on compte Benjamin pour qui j’ai fait office de mère pendant un moment? Le premier avorté, la deuxième laissée à son père car incapable de surmonter mes démons… Oh, un autre enfant ne m’apparaît pas tellement sain, pas maintenant. Tant de choses encore à régler, je suis à l’aube, à l’aube d’un nouveau jour, d’une nouvelle vie et j’ai peur.

Alors que Weston trottine vers moi, je capte son sourire, d’apparence sincère. Ici débute notre jeu. J’enfouis la peur et la peine dans un coffret tapi au creux de ma poitrine, marchant vers lui. Le cœur en cavale, je tente de conserver ma bonne humeur. Si la pluie a obscurci le soleil, il menace encore de derrière les nuages. Je me raccroche à cette idée. À chaque éclaircie. Brutalement silencieuse, je suis le Champion d’Anula, les lèvres pincées en un sourire. Nous sommes maintenant dans la cour, où les enfants se sont brutalement arrêté de jouer pour nous regarder. Je ne saurais décrire mon ressenti autrement qu’un navire qui chavire, lentement, dans un grand cri d’agonie. Devant moi, sa tignasse blonde émergeant des flots, il y a devant moi un spectre de mon passé. Benjamin. Mes yeux se posent sur lui, sur cet enfant désormais. Il n’a plus rien du bambin perdu d’alors. Je frissonne de tout mon être, combattant l’envie de me précipiter à lui, de me lancer dans la piscine simplement pour le serrer dans mes bras et l’entendre m’appeler «maman» une fois de plus. Lexie patauge près de lui, avec sa veste flottante et ses yeux immenses, rivés vers moi. Deux ciels incertains aux tempêtes houleuses, deux petites étincelles d’analyse. Je sens qu’elle s’enfonce dans le même gouffre. Elle s’approche du bord de la piscine avec l’aide de son frère, même si elle a l’habitude. L’eau, pour elle, pour une enfant des tropiques, est une seconde peau.

«Maman?»

Il y a cette question dans sa voix, comme si elle en doutait. J’ouvre les bras sans rien répondre, pour ne pas pleurer. Pourtant, elle hésite, se tournant vers son frère comme pour s’en assurer. Je reste suspendue, entre ciel et terre, à me laisser embourber dans mon angoisse. Elle remonte l’échelle de mille précautions, s’approchant tel un animal méfiant. Ici, je ne porte plus mon uniforme terne, je n’ai plus les traits creux et les yeux rougis. Mais surtout, il n’y a plus cette barrière, qui était devenu une part intégrante de notre relation. Peut-on chavirer encore, même déjà échouée contre la plage? J’attends l’enfant mais elle ne vient pas. Elle reste auprès de son frère, qui lui n’a pas hésité une seule seconde. Avec un regard vers son père, il va vers moi, comme libéré d’un poids. Je l’accueille et le serre fort, si fort, même si cela déplaira sûrement à Weston. Qu’il le veuille ou non, j’aime son fils, j’aime son fils comme s’il était le mien. Et c’est ce que je lui dis à l’oreille en parsemant ses cheveux de baisers, retenant mes larmes. Lexie est restée à l’arrière, nous scrutant en ignorant comment réagir.

«Tu as beaucoup trop grandi toi, la dernière fois que je t’ai vu, tu étais plus petit que Lexie encore…»

«De toute façon c’est moi la plus grande!»


Mes mots tendres envers son frère auront éveillé la petite qui se précipite vers nous, repoussant son frère pour se blottir dans mes bras.

«Doucement…»

Je n’aime pas qu’elle agisse ainsi, mais je dois avouer que de la tenir dans mes bras a quelque chose de simplement magique. Je la tiens contre moi, observant un moment Weston, me demandant comment il s’y fait tous les jours, comment il s’en remet d’avoir mis au monde deux être si parfaits. Je couvre à son tour de Lexie de bisous mais elle s’agite rapidement dans mes bras, retournant auprès de son père en se cachant presque dans ses jupes. Je me redresse, une main posée contre la tête de Benjie.

«Dommage que je n’ai pas amené mon maillot de bain! Vous avez bien de la chance d’avoir une piscine. Il faudra que tu visites mon cottage, Weston, c’est très petit, bien plus petit qu’ici. Mais confortable, j’imagine, et près de la mer. Et j’ai préparé une chambre spécialement pour toi, Lexie, pour quand tu viendras me voir.»

«Toi tu seras là aussi papa? Je veux pas une chambre dans la prison...»


Lexie ne comprend pas. Son monde s’écroule.
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Mercedes L. Blanchett
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Dim 26 Nov - 0:12
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• Aube •feat. Mercedes L. Blanchett & La marmaille


La rose se tient là, devant moi. Alors que je l’interpelle, elle se retourne, légèrement surprise de me voir apparaitre par le côté de la maison. Ses prunelles d’un bleu azur s’abattent sur moi, telle une gifle. Et alors qu’elle se dirige vers moi, qu’elle me suit vers la cour, se déplaçant sur le chemin de pierres, tout ceci devient réel. Mercy est là. Elle est là. Elle est libre. Libre de mener sa vie telle qu’elle le désir. Peu importe ce que cela signifie pour moi. Cherchant tant bien que mal de garder mon calme, je conduis la rose jusqu’à la cour, où les cris d’enfants ont cessés à notre approche. Et ainsi, quatre grands yeux se sont posés sur la nouvelle venue. Deux petits blonds observent cette quasi-étrangère, cherchant sans-doute à savoir s’il s’agit d’un mirage.

Une boule se forme au creux de mon estomac, alors que j’observe la scène, en retrait. C’est la jeune femme qui débute le bal, en ouvrant ses bras en grand, invitant ainsi sa fille à venir lui offrir ce câlin attendu depuis trop longtemps, et pourtant, la petite reste incertaine, ne bronchant pas. Je reste toutefois silencieux, ne désirant pas me mêler de cette réunion mère-fille. Je me contente d’observer le tout, et c’est finalement Benjie qui finit par s’élancer vers sa deuxième mère, celle qu’il n’a jamais cessé d’aimer malgré la distance. N’ayant aucune pitié pour les vêtements secs de Mercy, le petit s’élance dans ses bras pour l’étreindre avec force. Et alors que le petit est au bord des larmes, et qu’il cherche à s’emparer de la rose de toutes les manières possibles, je ne peux m’empêcher de ressentir un certain serrement à la poitrine. Une douleur que je tente d’apaiser en venant y poser une main, sans que cela ne fonctionne véritablement. J’ai mal. Mal de voir mon fils avoir mal. Mal de le voir reconnecter avec sa douleur. De le voir en peine d’avoir perdu pour une seconde fois dans sa vie un être cher. Et surtout, mal de savoir que cette peine ne fera que grandir alors que sa sœur partira avec sa mère cet après-midi et que lui, restera derrière.

Lexie finit par se réveiller, sans doute jalouse des mots offerts à son frère, et vient à son tour se blottir contre sa mère, repoussant son frère. Celui-ci reste toutefois proche de la rose, absolument déterminé à lui quémander un nouveau câlin lorsque sa sœur aura terminé. Et le petit garçon est bientôt rejoint par mon Luxray, qui vient à son tour réclamer son lot d’affection de la part de celle qu’il a toujours apprécié, malgré la séparation.

Une fois les câlins distribués, la rose s’empresse de complimenter la cour de la maison familiale, avant de m’inviter à un jour visiter son cottage, ce qui me met légèrement mal à l’aise l’espace d’un instant. Tout ceci me semble aller si vite. Il n’y a encore que quelques jours, l’idée que la jeune femme ne puisse se promener librement sur l’île me paraissait si lointaine, et à présent, la voilà, s’invitant à venir se baigner chez moi, et m’invitant à visiter son chez-soi. Je me contente ainsi de lui répondre par un sourire en coin, avant de tourner mon attention vers la petite, qui, elle aussi, semble un peu perdue dans toute cette histoire. Ayant grandit dans ce contexte, la petite aux cheveux d’or ne semble pas réaliser que la prison ne fera à présent plus partit de son existence. Qu’elle n’aura plus à visiter ces murs ternes. Poussant un soupir, je m’agenouille aux côtés de la petite qui est rapidement revenue vers moi, avec de glisser une caresse contre ses cheveux encore trempés.

-Tu te souviens Lexie de la maison que je t’ai montré sur l’ordinateur? C’est là que maman habite maintenant.


La petite semble réfléchir un instant, cherchant à se souvenir des images que j’avais préalablement montré à ma fille, afin de tranquillement la préparer à la transition. J’avais tenté de lui démontrer à l’aide de Google Map que, entre la maison de papa et la maison de maman, le chemin était simple. Ainsi, nous avions pu contempler la demeure de l’extérieur, mais je doute que Lexie est véritablement comprise le but de cet exercice. Sans doute la petite ne comprendra-t-elle pas vraiment avant de contempler sa chambre de ses propres yeux. Mais avant que je ne puisse me lancer dans de plus amples explications, je suis interrompu par mon fils, qui a repris la parole.

-Et moi, j’aurai ma chambre moi aussi?

Si je m’attendais à une telle réaction de la part du garçon, je ne parviens pas pour autant à savoir quoi lui répondre. Ainsi, mal à l’aise, je relève un regard vers Mercy, à la recherche d’un petit coup de main.


(c)Golden
Weston Elric
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Jeu 30 Nov - 18:58
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AUBEfeat. Weston & Lexie Elric


Je ne suis plus qu’une étrangère. Il y avait autrefois tous ces acteurs réunis, mais pas ici, pas dans ces circonstances. L’écart encore difficile à supporter, même si c’est mieux ainsi. Le regard vers l’arrière ne va pas sans son lot de regrets, et sans la question qui, aussi malsaine soit-elle, rejaillit. J’aurais dû m’y attendre, qu’elle vienne m’alourdit, me faire douter. Weston sera toujours une histoire non-terminée. Nous n’avons jamais réussi à adresser tout ce qui nous a blessés et ce qui nous blessera encore dans l’avenir. Moi, j’ai mal de le voir reconstruit, bien ancré dans son rôle de père. Je le jalouse d’avoir cheminé, même si j’y suis parvenue moi aussi. Je suis heureuse pour lui, mais ce n’est pas si facile de ne pas ressentir ce pincement au cœur. Il reste cette frontière infranchissable entre moi et mes enfants, ma dernière entrave. Ce qui me bloque encore sur tellement de points. J’ai espoir que maintenant que nous en avons la possibilité, que de démêler tout ce nous retient sera envisageable. Que nous pourrons cheminer. Qu’il me laissera ma place. Que je saurai lui pardonner. Si seulement c’est encore possible de rapiécer ce qui aura été déchiré. Puis dans tout ceci, la culpabilité. De ce que moi, cette étrangère, fais subir aux enfants. Je n’ai aucun regret pour mes décisions des dernières années. Je les ai portées telles des armes, je les ai assumées. J’en avais besoin, quelque part, pour faire un pas vers l’avant. Pour guérir. Sauf que nécessairement, ils en auront tous souffert.

Lexie première. Non pas qu’elle ait été véritablement à plaindre. Bien entourée et sous la tutelle de son père qui l’aime, il y a tout de même quelque chose de perplexe dans son regard, une fêlure, une incompréhension, et son monde qui s’écroule un peu avec. Nous nous trouvions tous dans un équilibre précaire jusqu’à ma sortie d’isolement. Nous allons devoir retrouver nos marques, mais je sens venir la tempête. Qu’avons-nous fait? Voilà que Benjamin pose la question qui me fait relever un regard luisant vers Weston, un regard désespéré. Qu’avons-nous fait, oui? À force de nous entre-déchirer, nous les avons écartelés. Je me demande si nous aurions pu… Si nous aurions dû… Si nous le devrions encore? La question me taraude, insensible et cruelle, cette question qui me fait fuir les yeux de Weston alors qu’il y brille la honte, celle de l’avoir même envisagé, de l’avoir désiré ne serait-ce qu’un instant. À force de contempler le passé, je menace de m’y perdre. Mon cœur martèle ma poitrine, le sang bat à mes tempes. J’aurais tellement voulu qu’il en soit autrement pour mon fils. Je menace de m’écrouler en cet instant, sachant pertinemment que la question a orchestré un de ces longs silences où n’existe que la douleur. Il me faut toutes mes maigres forces pour forcer un sourire fané, la gorge prise en un étau.

«Benjamin… Ce n’est pas si simple, je sais. Ça doit ne faire aucun sens pour toi, mais tu resteras avec papa ici, quand je verrai Lexie une fin de semaine sur deux.»


Je murmure presque sur les derniers mots, la mort dans l’âme. Je ne sais quoi lui dire pour ne pas le blesser davantage.

«Tu sais bien que je t’aime et que ça n’a rien à voir avec toi. Quand papa sera d’accord, je viendrai te voir d’accord?»

Je refuse de stigmatiser Weston, pas ici, pas aux de son fils, je n’en ai pas le droit. Sauf que je ne lui ferai pas de promesses que je ne saurai pas tenir. Je laisse une porte ouverte, au blond de la saisir. Je comprendrais qu’il refuse que je passe voir Benjamin, aussi cruelle soit cette idée.

«Puis je suis là maintenant. O-on pourrait peut-être fêter les retrouvailles avec une p-pizza, qu’est-ce que tu en penses, Weston?»

Je n’ose plus le regarder, la honte me ronge. Honte de lui imposer ma présence, d’être si lâche. Je me perds dans les prunelles de Benjamin, car j’ai espoir qu’il fera ça comme un grand, qu’il m’aidera à surmonter ceci. J’ai besoin qu’il m’aide aujourd’hui.
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Mercedes L. Blanchett
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Dim 17 Déc - 22:49
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• Aube •feat. Mercedes L. Blanchett & La marmaille


Les étoiles brillent dans les yeux de mon fils, alors qu’il observe la rose, plein d’espoir quant au fait de lui aussi découvrir une nouvelle chambre préparé par cette dernière. Lui aussi se voit déjà, accompagnant sa petite sœur, et découvrant la nouvelle maison de sa mère de cœur. Curieux de nature, j’imagine à quel point le petit blond peut désirer découvrir ce nouveau monde, avec la plage qui l’accompagne. Mais surtout, je sais à quel point la présence de la jeune femme a pu lui manquer terriblement depuis son départ, qu’il n’a jamais totalement compris. Je me souviens encore très bien les nombreuses fois où le garçon a pu réclamer la présence de Mercy, et où mes explications n’étaient jamais suffisantes pour calmer ses désirs.

Et pourtant, aujourd’hui encore, son cœur sera emplit de déception. Je n’ai pas les mots pour lui expliquer que sa situation diffère de celle de sa sœur, et que pour cette simple raison, il ne pourra avoir ce qu’il désir. Alors je me retourne vers la jeune femme, qui semble aussi prise au dépourvue que moi. Elle se débrouille toutefois du mieux qu’elle peut, en s’empressant d’expliquer au petit que rien de ceci n’est sa faute, et à mon grand soulagement, elle ne vient pas non plus me rejeter la faute sur les épaules. Et pour être franc, je n’ai pas encore considéré l’option de laisser Mercy reprendre une place dans la vie de mon fils. Car si aujourd’hui les raisons qui m’ont poussées à la couper de son existence ne sont plus, je reste tout de même avec des réticences. Après tout, cette histoire a été tout sauf facile. Les choix de Mercy nous ont causés du tord. Et aujourd’hui, rien ne me prouve qu’elle ne nous en causera pas d’avantage. Que la rose est assez stable pour ne pas disparaitre à nouveau, et ainsi de nouveau créer un trou béant dans nos vies. Qu’elle ne nous blessera pas de nouveau.

Dans une manœuvre plutôt habile, Mercy nous éloigne de la lourdeur de la conversation, pour proposer quelque chose qui fait aussitôt sourire les enfants. En fait, au fil des années, si j’ai bien appris une chose dans mon rôle de père, c’est bien que la pizza est la clé de tous conflits. Ainsi les deux petits n’attendent même pas mon approbation avant de crier victoire, et déjà s’élancer dans le choix des ingrédients.

-Quoi, vous voulez pas qu’on finisse le riz aux anchois de l’autre jour?

En cœur, les enfants poussent des hurlements de dégoût à la simple mention de ce plat qui, je dois l’avouer, avait en effet terriblement mal tourné. J’échappe un rire avant de me redresser et composer l’un des numéros les plus appelés depuis la maison des Elric, soit la pizzeria du coin. Et je n’ai qu’à demandé l’habituel pour que la demoiselle au bout du fil complète ma demande, et me donne les délais habituels, que je connais à présent par cœur. Et alors que je conclue l’affaire, le petit blond entraine sa sœur vers la maison, afin de lui demander de l’aider à mettre la table, chose qu’il ne fait absolument jamais, et je soupçonne que j’aurai probablement droit à ces petits élans de serviabilité durant les prochains jours, en terme de chantage pour avoir lui aussi le droit d’aller chez la rose.

-Alors euh, fait beau hein? Enfin, non, pas tant que ça... Il pleut même... Mais euh... Hum-hum!

Les enfants nous ont abandonnés dans un silence quelque peu malaisant. Je n’ose pas la regarder dans les yeux, et je sens qu’il en est probablement de même pour Mercy. Tout ceci n’a rien de facile. Et je ne sais pas il nous faudra encore combien de temps avant que ce le soit.

-Mercy...? Merci d’être revenue... Enfin, pour Lexie, je veux dire. Elle ne le sait pas encore, mais elle en avait besoin.

Mon regard s’est posé sur la petite, qui, derrière la porte-patio, s’active à placer une fourchette par assiette que pose son frère. Rien de ceci ne sera facile. Mais au fond, aussi difficile que ce soit. Je sais que c’est pour le mieux.


(c)Golden
Weston Elric
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Ven 22 Déc - 18:41
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AUBEfeat. Weston & Lexie Elric


Cette initiative aura néanmoins porté ses fruits. La lourdeur des derniers instants se dissipe tout à coup pour céder place à une joie que je sais momentanée et passagère. Je n’ai que changé les idées de ces enfants qui, sans être véritablement conscients de notre nouvelle dynamique familiale, ne peuvent s’empêcher d’être touchés des conséquences. Je surveille Benjie plus particulièrement tandis qu’il rentre dans la maison, sa sœur sur les talons. Nous aurons de sérieuses discussions plus tard. Il a dix ans déjà, dans quelques années il sera un homme et il viendra avec des questions, des questions auxquelles je ne saurai pas répondre. Il aura droit aux réponses, celles sans détours, celles qu’on ne peut souffler aux enfants car ils ne comprendront pas. J’ignore comment il construit ce portrait dans son jeune esprit, comme il parvient à vivre avec l’abandon. Une fois de plus, je soupire, non pas pour faire culpabiliser Weston, même si j’aurais souhaité obtenir la garde de son fils. Je comprends. Il reste encore des remparts entre nous, qui n’abdiqueront peut-être jamais. Et c’est correct. Même si ça doit faire mal, nous passerons au-travers cette période d’ajustement, j’en suis convaincue. Je me redresse et regarde Weston. Il ne semble pas m’en vouloir pour cette idée, ce qui me soulage. Je suis ravie que nous arrivions au moins à prétendre que tout ceci est facile, que nous parvenons petit à petit à nous en convaincre.

Je devine sans mal son malaise. Nous n’avons plus l’habitude de nous trouver ensemble, seuls. Chacune de nos conversations tourne autour des enfants. De toute façon, qu’aurais-je pu lui dire ces dernières années? Ma vie se résumait à quatre murs et à une thérapie. J’aurais pu lui parler des résultats, de mon cheminement, mais ça, c’est d’une autre vie. Dans celle où il était encore là pour me soutenir, avant qu’il ne décide qu’il en avait assez. Je ne tente pas d’entamer une conversation qui le mettrait plus à l’aise. Je ne trouve pas grand-chose à dire dans ces circonstances, encore ébranlée par mon échange avec ma fille, puis avec Benjamin. Au moment où je vais rejoindre les enfants pour leur prêter main forte et m’assurer qu’ils ne reversent rien, les mots de mon ex me suspendent dans mon geste. Je me retourne vers lui, surprise d’autant de gentillesse. Ces mots, il n’avait pas à les dire. Ça me fait du bien d’entendre quelque chose de positif. Je ne croyais pas que nous en viendrons à ce point, passant des paroles acerbes à une neutralité tranquille. Mais ça… Ça, ça me rend espoir. Je souris, cette fois sincèrement, même si ce n’est jamais autant qu’avant. La Mercedes qu’il a connu a bien changée, mais mes yeux expriment tout de même une énorme gratitude.

«C’est gentil de dire ça, Weston, merci… Je sais que ça ne doit pas être évident pour toi non plus. Je ferai tout en mon possible pour qu’elle se sente bien.»

Je ne dis rien un moment, sachant pertinemment qu’il pense à mes promesses brisées par le passé. Il ne doit considérer que les miennes, et oublier tout ce qu’il a cassé à ma suite. Mais tout ceci n’importe plus. Je ne vais rien lui promettre car je n’ai plus grand-chose à offrir que ma bonne volonté.

«Je veux qu’il en soit ainsi, Weston, malgré les hauts et les bas. C’est juste… tellement plus facile d’être une équipe. Pour moi, pour elle, pour toi. Même si ce n’est pas toujours facile, je préfère t’avoir comme allié. En tout cas, merci d’avoir dit ça. Je ne comptais pas m’imposer, je le jure, j’ai juste… paniqué en entendant Benjamin… ses yeux sur moi…»

Je soupire.

«J’espère que ça te va, sinon je trouverai un prétexte pour que Lexie et moi partions au plus vite.»


Je le regarde intensément cette fois, déterminée à lui faire comprendre que je ne suis pas son ennemie et que je respecterai ses limites, dans l’attente qu’il en fasse de même avec moi.
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Mercedes L. Blanchett
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Dim 24 Déc - 20:26
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• Aube •feat. Mercedes L. Blanchett & La marmaille

Je ne sais pas réellement comment me sentir face à la rose. Et bien que je pense que son retour soit, à long terme, une bonne chose dans la vie de mes enfants, je ne sais trop que penser de sa toute nouvelle présence dans la mienne. Je ne sais pas vraiment ce que l’avenir nous réserve. Je ne sais pas si elle deviendra un appui dans ma vie, ou au contraire, la source de mes plus grandes douleurs. Je ne sais pas si éventuellement nous développeront une nouvelle amitié, à force de se côtoyer pour les enfants, ou si, au contraire, nous devrons tout faire pour ne pas nous arracher la tête lors de ses rencontres. Pour l’instant, en tout cas, les choses semblent plutôt bien se passer. Le malaise de plus tôt semble s’être dissipé, ou du moins, pour l’instant. Et c’est tant mieux ainsi. Car peu importe ce qu’adviendra de notre relation, je ne veux pas faire vivre l’enfer à mes enfants. S’il faut que Mercy et moi nous menions la vie difficile, alors ce sera sans qu’ils en soient témoins.

La rose semble d’ailleurs d’accord avec moi. Elle me parle d’agir en équipe, ce avec quoi je suis, pour l’instant, tout à fait d’accord, bien qu’il soit encore tôt pour déterminer si ce sera effectivement le cas. Seul le temps pourra déterminer si la jeune femme réussira à regagner ma confiance. Mais alors que j’observe les deux petits en train de rigoler dans la cuisine, je ne peux m’empêcher de songer que je n’ai d’autres choix que de faire l’effort nécessaire pour lui laisser cette chance. Oui, Mercy a brisé mon cœur. Oui, elle a brisé ses promesses. Oui, elle a fait ses erreurs. Des erreurs qu’elle ne pourra jamais réparer. Et pourtant, je dois faire l’effort de lui laisser la chance de se reprendre. Nous n’effaceront jamais le passé. Mais nous pouvons repartir sur de nouvelles bases. Des bases centrées sur le bien-être des deux petits blonds qui représentent à mes yeux bien plus que toute la douleur qu’a pu imposé mon ex-femme.

-T’inquiète ça ne me dérange pas je te jure. Et puis... Ça me permettra de passer une heure ou deux de plus avec Lexie avant qu’elle parte...

Cette fois, je ne regarde plus que la petite, qui semble chanter une comptine à son frère en remplaçant les mots par des phrases absurdes, ce qui fait bien rire le garçon. En réalité, je ne réalise pas encore que d’ici peu, ma fille partira avec sa mère. Une chose qui ne s’est pas produite depuis que sa garde m’a été confiée. Depuis que Lexie n’est qu’un petit bébé. Cette petite, Benjie et moi l’avons dans nos vies à temps plein pratiquement depuis sa naissance. Alors bien que je sois prêt à faire des compromis, et accepter de donner une nouvelle chance à la rose, je n’ai pas moins peur pour autant. J’ai peur. Peur que Lexie ne comprenne pas. Qu’elle m’en veuille de l’envoyer chez ce parent qu’elle connait encore trop peu, de par les circonstances qui ont entourée sa vie familiale. J’ai peur que Benjamin vive ce nouveau style de vie avec trop de difficultés. Et j’ai peur de ce que tout ceci peut avoir comme effet sur moi.

-J’ai l’impression que tout ça, ça va si vite.

Je me demande si nous aurions pu mieux nous préparer à ces changements. Je ne sais pas si j’aurais dû proposer à Mercy de commencer avec de simples visites, ne serait-ce que pour que les deux s’habituent au contact de l’autre. Mais même si je préfèrerais cette méthode qui me permettrait de garder un œil sur Lexie, je préfère ne pas le proposer, de peur de détruire le peu de confiance de la rose en ses capacités maternelles. Après tout, je ne suis pas aveugle. J’ai bien vu à quel point les contacts entre la mère et la fille peuvent parfois être maladroits. Alors proposer ceci, ce serait de donner raison à cette crainte que porte Mercy. Au final, il me faut apprendre à lâcher prise. Sauf que lorsqu'il s'agit de mes enfants, ce n'est pas aussi facile...



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Weston Elric
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Jeu 4 Jan - 21:34
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AUBEfeat. Weston & Lexie Elric


Malgré tout, j’ai espoir qu’il ne me chassera. Que nous cessions l’évitement, mais si celui-ci aura été sain voire essentiel ces dernières années. J’ai envie de nous croire à ce stade où de nous côtoyer ne provoque plus les élans douloureux du rejet et des blessures laissées béantes, que tout le mal que nous avons pu provoque chez l’un et l’autre est derrière nous désormais. Oh, nous marcherons sur des œufs longtemps, mais avec le pardon vient l’avancement. J’ai fait mon deuil de plusieurs choses dans ma vie, de lui en tant qu’amoureux (car il fut un temps tout de même où nous nous aimions), de nombreux projets et de ma vision d’une famille nucléaire traditionnelle. Je n’aurai jamais tout ça désormais. J’aurais dû m’y attendre en voyant mes parents s’entre-déchirer. Se reproduire n’engage pas nécessairement de s’aimer pour toujours, mais aucun doute que le Champion d’Anula fera toujours partie de ma vie d’une manière ou d’une autre de par notre fille, ce lien invisible qui aura brouillé tant entre nous avant d’y rétablir un équilibre. Au fond, je réalise qu’il m’a manqué, car malgré tout ce qui a pu se produire entre nous, il était mon meilleur ami avant tout ceci, avant que nous ne fassions l’erreur de nous aimer. Ou était-ce véritablement une erreur? Ne devions-nous pas apprendre quelque chose de toute cette souffrance? Je regrette seulement que ce soit au détriment, bien trop souvent, des enfants. Sauf que l’expérience humaine n’a rien de simple, une famille ne peut se résumer à une idée. Je l’ai compris amèrement bien trop tard.

Ce que je sens, là, c’est ce lien qui tire. La difficulté que rencontre Weston de laisser partir sa fille, ce à quoi il a dû se raccrocher suite à mon emprisonnement. À ma détresse, à ma dépression. Il a voulu la préserver de moi, ce dont je ne peux pas vraiment lui en vouloir car j’aurais agi pareillement à sa place. Je suis heureuse qu’il me cède un peu de place, qu’il me donne même toutes mes chances. Il fut un temps où ça n’aurait pas été envisageable, où nous aurions terminé cette histoire devant les tribunaux à coups sanglants. Maintenant, nous débutons doucement, du moins trop doucement est-ce mon impression, même si celle-ci n’est pas partagée par mon ex-conjoint. Je n’ai pas compris sa véritable intention lorsqu’il dit que tout ceci a été trop vite, car j’ai l’impression contraire. Rien ne m’a paru plus long que ces dernières années, et ce n’est que maintenant que je réalise à quel point ce temps a passé à un autre rythme pour tous les autres. Qui ont vieilli, mûri. Moi aussi, mais de voir les enfants grands représente un véritable choc qu’il m’est difficile d’accuser. Ainsi, j’hoche la tête à ses mots, posant prudemment une main contre son épaule là où ce geste était si naturel auparavant.

«Tu parles. Elle a déjà cinq ans, Weston. Bientôt, elle va nous regarder de haut et nous faire de l’attitude et nous envoyer paître. Puis te rendre fou en sortant avec les plus jolis garçons du lycée.»

Je rigole, car j’ai besoin de légèreté, j’ai besoin de me raccrocher à quelque chose. De me tenir avec lui, seule, me rend malgré mal à l’aise et j’ai hâte de rejoindre les enfants. Je sens que ce nous nous disons maintenant est important, que ces quelques mots mettent la table sur notre tout nouveau départ en tant que famille qui, certes écartelée, ne peut se définir autrement qu’ainsi.

«Aller, rentrons les rejoindre.»

Je tapote son épaule en lui offrant un petit sourire, prenant le chemin de la maison, me demandant où je vais. Une question qui me hantera longtemps.
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Mercedes L. Blanchett
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Sam 6 Jan - 20:33
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