Légendes d'Enola


 

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 La vie est un songe

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Ludwig Nagel-Jung
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MessageSujet: La vie est un songe    Ven 9 Fév - 19:10

LUDWIG NAGEL-JUNG
INFORMATION GÉNÉRALES

Nom : Nagel-Jung.
Prénom : Ludwig. Son état civil indique même un second prénom : Wolf.
Surnom : Lulu, Ludi, Wig, Wiwig, Wiwi, la loutre... Le gros niais, le bisounours, le naïf de service, etc. Il s'est fait renommer « fils de Régimeux » un bout de temps au début du collège, à force de parler trop souvent de son grand frère. Il espère que cette période est révolue et qu'on ne l’appellera plus ainsi. C'est aussi à partir de ce moment qu'il est devenu bien plus fermé en ce qui concerne sa famille et son passé.
Âge : 13 ans.
Date de naissance : 9 juin 2009.
Genre : Il se sent confortable au masculin.
Origine(s) : Né en Allemagne (Dusseldorf).
Date d'arrivée sur l'île d'Enola : Juin 2015. Arrivé suite à une certaine série d' événements qui hantent encore ses cauchemars.
Métier/Occupation/Études : Collégien en classe de 5ème, scolarisé dans le principal collège public de Cayagane. A pris une année de retard en primaire après les événements de 2017-2018.
Lieu de résidence : Alpages de Cayagane, dans un la grande ferme de son tuteur, Soltan.
Groupe : Elixir.
Sous-Groupe : Civil et jeune explorateur quand il a le temps et l'autorisation de son tuteur.
Rôle : Habitant, collégien.
Pseudonyme : Super Loutre, Otter Knight, font partie des quelques pseudos ou surnoms qu'il utilise sur la toile et les réseaux sociaux.

FICHE DRESSEUR
Informations
Rôle : Civil.
Voulez-vous utiliser le dé shiney? : Oui.

Équipe Aventure
- Moustillon ♂ - Loukas (Loulou) - Torrent, Foufou
COMMENT L'AVEZ-VOUS CONNU?: Loukas a rencontré Ludwig une fin d'après-midi où il s'était perdu dans la forêt d'Anula. Il avait abrité le jeune garçon alors âgé de 6 ans dans sa petite cabane, puis ne le quitta plus par la suite.
- Mustébouée ♂ - Arthur (Tutur) - Glissade, Jovial
COMMENT L'AVEZ-VOUS CONNU?: Tutur est le compagnon inséparable de Loukas, que Ludwig rencontra à la même occasion que le Mustébouée. Le blondin passa tout son temps libre à jouer avec ses deux loutres par la suite.


PHYSIQUE
Couleur de peau : Caucasienne, assez pâle, typée Europe du nord. Une peau de blond, comme on dit, plutôt sensible de manière générale et avec des tâches de rousseur et des soucis d'acné propre à l'âge de Ludwig. Néanmoins, l'ado est assez coquet et prend soin de son teint.

Description des cheveux : Blonds comme les blés, désordonnés, avec une mèche qui lui tombe sur le côté gauche du visage. Ses cheveux étaient vraiment plus plats durant son enfance, ils sont devenus de plus en plus difficiles à dompter depuis quelques années. En même temps, ça arrange Ludwig qui aime bien mettre un peu de laque pour se faire des coiffures à piques. Oui, on peut dire qu'il a une coiffure de gros kéké, tout à fait. Récemment, il s'est même fait une mèche noire formant une sorte d'éclair au niveau de sa demi-frange, parce qu'il avait vu ça dans un magazine et trouvait ça cool. Influencé par les effets de mode... ? Oui, tout à fait, au grand dam de son tuteur.

Description des yeux : De grands yeux aux iris bleu clair, voire turquoise. Son regard est expressif, généralement enjoué et pétillant. Néanmoins, ses pupilles joyeuses semblent toujours cacher, retenir une grande tristesse de s'exprimer lorsqu'il se laisse aller à fixer le vide. Les gens qui le connaissent un peu n'ont souvent pas trop de mal à remarquer les expression tristes que tente de camoufler le jeune garçon en souriant. Cette ambivalence rend Ludwig parfois difficile à aborder ou à lire quand il n'est pas dans son assiette, d'autant plus qu'il a tendance à se fermer comme un Kokiyas ou à parler d'autre chose immédiatement quand on l'aborde à ce sujet.

Taille : ~143 cm. Il n'est pas très grand et a un peu de retard sur ses camarades de classe, surtout les filles. Rien de bien préoccupant cependant, sa poussée de croissance devrait arriver tardivement mais le faire grimper jusqu'aux 170 cm.
Poids : ~38 kg. Un poids qui ne l'épaissit pas forcément, mais qui s'équilibre assez bien grâce  à la bonne viande produite à la ferme de son tuteur et le fait que Ludwig passe plus de temps à l'extérieur qu'à l'intérieur.

Description de la silhouette : Ludwig n'est pas spécialement grand et pas très épais. A vrai dire, sans son look et attitude un peu « m'as-tu-vu » et son caractère sociable, il passerait certainement assez inaperçu au milieu des ados de son âge. Pour cette raison, il aimerait bien être plus grand, mais d'après ce que le médecin a dit et son patrimoine génétique, il devrait connaître une sacrée poussée de croissance dans quelques années. Malgré le fait qu'il ne soit pas spécialement costaud, Ludwig refuse de se faire oublier et soigne son apparence comme sa démarche. Il se tient droit, fait attention à ses attitudes et son habillement, et n'oublie jamais de sourire aux autres en s'efforçant d'avoir l'air accueillant et aimable (il s’entraîne tous les matins devant son miroir, d'ailleurs). Au détriment de son propre confort, l'adolescent est toujours en représentation : c'est bien trop important à ses yeux de ne pas avoir l'air mauvais ou naze. En outre, le blondin a des jambes plutôt longues pour sa taille et courre vite, avec beaucoup d'aisance.

Problèmes de santé physique : Rien à signaler si ce n'est la nature anxieuse de Ludwig et sa claustrophobie qui lui provoquent de temps en temps des crises d'angoisse. Il a très souvent (si ce n'est en permanence) des maux de ventre à cause du stress, d'ailleurs. Notez que cela arrive plus rarement les périodes où il se tient occupé.

Particularités autres : Il a un beaucoup de petites cicatrices de blessures d'enfant comme en ont tous les ados de son âge. Ludwig a en effet tendance  à rentrer un peu esquinté (sans gravité) de ses excursions dans la nature et il lui arrive de crâner avec ses bobos. Selon lui, ça lui donne l'air plus costaud et baroud.

CARACTÈRE
Personnalité : Sympathique – Accueillant –  Aimable – Sociable – Faux-cul – Influençable – Secret – Fidèle – Docile – Veut être ami avec tout le monde, même si ça sous-entend de nier certaines de ses valeurs – Hypocrite – Se ment à lui-même – Naïf – Mièvre – Capricieux mais ne sait pas ce qu'il veut – Généreux (trop, au détriment de lui-même) – Se laisse souvent marcher sur les pieds – Angoissé – (trop) Sensible – Susceptible, mais cache ses frustrations de peur de déplaire, ce qui a tendance à l'user sans qu'il ne l'admette – Astucieux – Curieux – Joueur – Attentif – A l'écoute des autres  – Bavard – Débrouillard – Aventureux – Tête brûlée – Veut et à besoin d'être le centre de l'attention (mais il sait que ce n'est pas très bien) – S'en veut parfois de vouloir toujours attirer l'attention sur lui – S'en veut très facilement et a tendance à s'excuser pour tout, en fait – Fatigant – Vantard – Gros kéké (mais pas dans le genre méchant) – N'a pas confiance en lui – Faux (malgré lui) – Ment et se ferme parfois totalement pour éviter certaines questions – A besoin d'attention – Attaché aux effets de mode – Contradictoire – Parfois de mauvaise foi – Tient à rentrer dans le moule pour plaire tout en voulant rester exceptionnel – Complexé et refuse de l'avouer ou de le montrer

Goûts/Dégoûts :
Aime : Les sports en pleine nature et surtout ceux pratiqués en montagne (escalade, via ferrata, rafting...) – Tout ce qui donne des sensations fortes – Les parcs d'attraction – Les courses de rallye et de moto-cross – Se promener – Le camping – La plage et la mer – Sortir avec des amis – Les fêtes – Tout ce qui peut lui occuper l'esprit, en fait – Son grand-frère, Alex – La cuisine de son grand-frère – Les steaks bien saignants avec une sauce au poivre – La bonne nourriture (même si ça fait grossir) – Rencontrer des nouvelles personnes, se faire de nouveaux amis – Les compliments sur son look ou sa gentillesse – Les Pokémon – Soltan, son tuteur, et ses enfants : Marilyn, Iris et Mikoto – Jouer aux jeux vidéos avec Alice – Publier des photos et des vidéos de ses aventures dans la nature ou de paysages qu'il découvre sur les réseaux sociaux – La mode – Courir partout – Les sports collectifs (surtout le volley-ball, il est d'ailleurs dans un club depuis 1 an) – Travailler son saxophone (il en fait depuis qu'il a 7 ans) et jouer en big band ou avec Alice et sa guitare – Sa cousine Riku – Regarder la compétition à la télé avec des pizza ou de la junk food – Le champomy et la bière sans alcool (trop thug) – Les loutres (mais il craque pour tous les Pokémon et animaux mignons, en fait) – Voir ses proches heureux – Aider les gens et les faire sourire – Être le centre de l'attention

Aime pas : Les mensonges – La violence – Les cachotteries – La méchanceté gratuite – Les conflits – Les gens qui ne tiennent pas leur promesses (ça le met très en colère) – Ne pas pouvoir respecter les siennes et ses engagements – Décevoir les autres – Être enfermé – Ne pas sortir dans une journée – Les jours de pluie – Les haricots verts – Ne rien avoir à faire – Devoir parler de ses soucis – Être tout seul –  Apprendre que quelqu'un ne l'apprécie pas – Être influençable – Qu'on lui parle du passé, qu'on lui pose des questions un peu trop intrusives – Qu'on lui demande avant un peu trop d'insistance s'il va bien quand il n'a pas envie de parle de ses soucis – Ses parents biologiques – Qu'on dise du mal de son frère – Les ragots et les langues de vipère – Les trolls d'internet et les shitstorm bêtes et méchants – Se rendre compte qu'il monopolise l'attention – Voir quelqu'un mis à l'écart (mais il n'osera pas forcément l'aider même si ça lui fait mal au cœur) – Ne pas réussir à aider quelqu'un – Se sentir inutile ou nul – Ne pas pouvoir s'entendre avec tout le monde – Ne pas réussir à se lier d'amitié avec quelqu'un – Avoir la sensation d'être insignifiant ou trop banal – Qu'on lui dise qu'il ne peut pas comprendre quelque chose car il est trop jeune

Objectifs et aspirations : Ludwig a hâte d'en finir avec l'école et aimerait devenir Ranger pour voir toujours plus de lieux naturels incroyables, les protéger et aider les Pokémon qui en ont besoin. Il voudrait oublier son passé pesant et être entouré d'amis qui le comprennent et avoir de nouveau une « vraie » famille (entendre par là, des gens qui le soutiendront quoiqu'il arrive, et chez qui il sera toujours le bienvenu quand il en a besoin) ; car même s'il tend à considérer Soltan, son tuteur, comme un père de substitution, il est hanté par les souvenirs de sa vie avec Alexander, son grand frère, et aimerait qu'ils vivent ensemble à nouveau. Il aimerait pouvoir être moins terrifié par son passé et la façon dont ce dernier l'a marqué et espère qu'un jour il trouvera quelqu'un à qui en parler pour être totalement compris. Ludwig aimerait que les gens autour de lui soient toujours heureux, qu'il n'y ait jamais de problèmes dans son entourage amical ou familial, et que tout cela puisse être un peu grâce à lui. Des fois, il se dit qu'il serait prêt à disparaître pour que cela se produise.

Peur(s) : Devoir retourner chez ses parents biologiques est ce qui nourrit l'essentiel de ses cauchemars, tout comme l'idée que son grand frère ne l'aime plus. Ludwig est hanté par la crainte quasi-permanence de ne pouvoir s'entendre avec tout le monde, d'être oublié, abandonné ou isolé. Pour cela, il rechigne et a peur de devoir parler de son passé et de ses multiples craintes, de devoir dévoiler ses secrets et ce qui le rend anxieux, car il a la sensation qu'on le trouverait « trop nul » s'il le faisait. Il ne veut plus jamais être traité de « fils de Régimeux » et craint donc le moindre conflit qui pourrait de nouveau faire trembler Enola et perturber la vie sur l'île et son adolescence presque paisible dont il commence enfin à profiter. Par extension, il craint que ses relations avec les gens qu'il apprécie deviennent également conflictuelles : on a bien compris, il craint la mésentente et toute forme de querelle ou de violence.

ALIGNEMENT
Votre personnage a-t-il/elle connu Enola entre 2008 et 2017, sous le joug du Régime, et que pense-t-il de cette époque ? : Ludwig avait six ans en arrivant sur Enola, en plein dans le règne du Régime. On ne lui en parlait pas beaucoup et il était trop occupé à profiter de sa nouvelle vie avec son grand frère pour prêter attention au conflit. Il était protégé là où il était et ne voulait surtout pas quitter sa « cage dorée ». Cependant, les dires de ses camarades de classe répétant ceux de leurs parents, entre « le Régime nous protège » ou « le Régime fait des trucs horribles », avaient commencé à lui faire se poser des questions. Son grand frère était toujours évasif en ce qui concernait la guerre civile et ne regardait pas les infos, ce qui n'a pas aidé le gamin à se faire une idée plus précise. Finalement, tout ce qui comptait pour lui, c'était qu'Alexander le protégeait, quelque soit son camp. Quand le Régime est tombé en 2017 et qu'Alexander a été capturé par les autorités du fait de ses liens avec eux, Ludwig n'a pas plus su comment se positionner, mais rejeta d’abord la faute sur les Résistants, puis sur tous ceux qui avaient fait la guerre. Finalement, si la guerre n'avait pas eu lieu, personne n'aurait emporté son grand-frère en prison.

Que pense-t-il/elle de la manière dont les choses ont évolué, et du nouveau gouvernement ? : Ludwig n'aime pas du tout entendre parler de politique et l'indifférence apparente de son tuteur vis-à-vis des informations et des institutions ne l'aide pas à se forger une idée précise. Il se dit que maintenant, au moins, Enola est en paix, et c'est tout ce qui compte à ses yeux.

Que pense-t-il/elle de la légende de Regigigas ? : Il trouve que c'est super cool mais il a peur des Monarchistes depuis qu'il a entendu dire au collège que c'était une sorte secte bizarre.

Qu'est-ce que votre personnage pense d'Elixir ? : Ludwig se souvient mal de ce qu'était sa vie lorsqu'Elixir est arrivé, mais ce qu'il a retenu, c'est qu'ils ont sauvé Enola du virus de l'Emergya et qu'ils sont venus en aide aux habitants sans rien demander en retour. Ils ont également soigné et sauvé son grand frère après qu'il ait failli se tuer à cause des hallucination générées par le virus. Elixir est pacifiste, veut faire progresser les choses, chercher des solutions aux problèmes. Ludwig ne se rend pas bien compte qu'il s'agit là d'un laius commun à tous les autres groupes avec l'importance qu'il donne à Elixir, dont les mots ont toujours raisonné avec force dans son cœur. Pour lui, Elixir sont les seuls et uniques sauveurs d'Enola. De plus, avec son amour pour l'aventure et la nature, il est tout à fait fasciné par le travail des Rangers dans les zones naturelles de l'Île et rêve d'être un jour l'un d'entre eux. D'ailleurs, il s'y entraîne déjà.

Qu'est-ce que votre personnage pense de la Compétition ? : Il aime beaucoup regarder les combats et les concours en direct ou en rediffusion, mais ne sait que penser des Miliciens. De plus, son tuteur n'aime pas du tout la Compétition et leur place dans la sécurité de l'île, alors Ludwig a tendance à penser pareil. Cela ne l'empêche pas de trouver certain.e.s élites, dresseur.ses et équipes très stylé.es.

Qu'est-ce que votre personnage pense des Anarchistes ? : Vis-à-vis d'eux, il est neutre. Il trouve tout ce mouvement compliqué et ne s'y intéresse donc pas trop, majoritairement par flemme. Il ne s'est pas intéressé à leur cas de plus près et craint simplement les Anarchistes plus radicaux ou violents qui pourraient ranimer les flammes d'un conflit.

Alignement/Allégeance ? : Elixir.
ET VOUS?
PUF/Surnom : Cobourgh
Âge : 24 barettes
Disponibilité : *regard caméra*
Comment avez-vous connu le forum ? : Ahah !
Suggestions ? : Weche alors.
Personnage sur l'avatar : Denki Kaminari [Boku no Hero Academia]
Code : Mangeyyy
Autre: Blergh


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Ludwig Nagel-Jung
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MessageSujet: Re: La vie est un songe    Ven 9 Fév - 19:53

HISTOIRE
/!/ Bon, à force, vous avez l'habitude avec cette famille, mais l'histoire qui suit contient pas mal de sujets et thématiques sensibles comme l'abus mental et affectif, le délaissement infantile, la dépression, la manipulation affective, des brimades... Je précise au passage que l'histoire est racontée du point de vue de Ludwig et n'est aucunement là pour donner quelque vérité sur la situation familiale Nagel-Jung et encore moins donner raison aux actes d'Alexander. Cette histoire est complémentaire avec celle d'Alex. Si vous ne voulez pas vous attaquer à la lecture qui suit pour les raisons citées précédemment, je pourrais vous faire un résumé via MP. /!/

ACTE I

Scène 0
« Tu m'avais dit que c'était sans risques. »

Elle lança au père du fœtus de 5 mois en train de grandir dans son ventre un regard froid que ce dernier n'eut pas de mal à interpréter. La blonde savait bien que l'autre, assis à l'opposé du sofa, n'avait pas l'intention de remettre la faute intégralement sur elle : il est maladroit et tout comme elle, a eu le temps de passer par de nombreux états suite à l'annonce de la grossesse déjà avancée. La colère, la culpabilité, la patience, l'impatience, la frustration... Parfois, elle a l'impression que leur relation, leur conjugo repose désormais sur ça et de plus en plus souvent sur la culpabilisation. Il n'est pas le seul à se victimiser pour provoquer quelconque réaction qui ne soit pas que de l'indifférence apparente. Elle aussi y a régulièrement recours. Si ça, c'est pas la preuve que les choses sont désespérées dans ton mariage... Quelques minutes s'étaient écoulées jusqu'à l'interjection du brun qui n'avait pas trouvé les bons mots, comme d’habitude. Ce n'est pas le genre de paroles qu'on attend en annonçant une grossesse, dans les fictions, les films moches à l'eau de rose qui nous mentent parfois éhontément. Là, c'est plutôt l'annonce que le cauchemar va recommencer. Martha ne prit pas la culpabilisation que pouvait susciter les propos de son époux et répondit du tac-au-tac.

« Je croyais aussi. Et t'as pas cherché à en savoir plus non plus après, je te signale. »

Il ne se retourna pas pour rétorquer. Ses épaules tombèrent sous le coup de la fatigue et d'un soupir. Elle se demanda si cela faisait si longtemps, qu'ils ne se regardaient plus pour parler de choses si importantes. Elle se demanda aussi s'il restait quelque sincérité dans leurs interactions. Probablement que oui, du moins ils essayent de faire au mieux pour ne pas se mentir. Ce qui ne veut pas dire que ça n'arrive jamais. Au fond, ils veulent encore que ça tienne, même s'il leur arrive de passer des journées sans s'adresser la parole. Les habitudes sont tenaces et rassurantes, surtout. Ce qui s'est passé depuis 20 ans, la mort du père de son époux qui a plongé ce dernier dans la dépression pour de bon, devoir reprendre l'entreprise familiale sans trop avoir le choix. Puis les déceptions liées aux jumeaux pourtant si attendus qui se sont avérés être... Non pas qu'Alexander et Irina étaient mauvais à la naissance ou décevants.. Mais la tâche de leur éducation s'était avérée bien plus difficile qu'ils ne l'auraient cru. Ils n'étaient pas prêts, et ils ne le sont certainement pas d'avantage aujourd'hui. Martha aussi avait sombré, à sa manière, dans son travail de jeune co-PDG, ce à quoi elle n'avait pas perdu goût contrairement à Helmut dès qu'il avait quitté l'université. Il avait fallu se mettre devant la vérité sans trop tarder : les gamins, la famille « normale » comme on les voit à la télé, ce n'étaient pas pour eux. Ils les avaient mené au monde impulsivement et une fois cela fait, ils avaient espéré qu'ils en sortent tous seuls tout à fait hypocritement, se barricadant lâchement dans leur travail. « Ils comprendront qu'on avait pas le temps, au pire ils se diront qu'on était juste des mauvais parents et ils s'en iront »... Ils avaient ignoré tout ce qui n'allait pas, ce qui ne rentrait pas dans les cases de ce qu'il espéraient, qui pourrait les protéger. Tout ce qui faisait de leurs tentatives, de leur famille une mascarade, un mensonge. Et à leur façon, leurs enfants avaient pourtant essayé de toutes leurs forces de leur envoyer des signaux d'alarme, au point de finir par se briser. La volonté d'Irina de se surmener avec ses révisions aussi pour se démarquer, la violence d'Alexander pour se faire remarquer lui aussi ; ça les avait fait partir. « Ce ne sont que des enfants, ça leur passera ». Les enfants avaient eu 18 ans bien trop vite et avaient disparu. Et les voici, à peine 2 mois plus tard, prêts à commettre une nouvelle erreur, à abîmer une nouvelle vie.

« Pourquoi tu m'en as pas parlé avant ? »
« Pourquoi t'as rien remarqué plus tôt ? »


Les accusations passives du brun à la carrure imposante commençaient à fatiguer la blonde, qui soupira d'exaspération. Elle fut la première à se retourner, prête à lui renvoyer ses piques culpabilisantes, s'il fallait la jouer comme ça. S'il faut être dans le même bateau, continuer leurs conneries ensemble, alors autant ne pas le faire à moitié.

« Quoi, tu ne la veux plus ta « famille normale », maintenant ? C'est pas ce que tu disais le soir où... »

Et il fit volte-face à son tour. Elle crut qu'il répondrait immédiatement par une répartie agressive. Mais à la place, leurs regards se croisèrent et il ne leur fallu pas beaucoup plus pour décider, chacun de son côté, de déposer les armes. C'est le soucis, quand on se connaît depuis trop longtemps. Ils connaissent les sales coups de l’autre, ses réparties cinglantes d'avance. Pas besoin de mots pour comprendre toutes les saloperies qu'il voudraient s'envoyer à la tronche pour gagner du temps et espérer se réconcilier derrière. Mais non, ça ne marche pas comme ça. Tout ça, les paroles, les actes, même si on veut oublier, ça reste, ça abîme, ça fatigue. Ils n'ont pas besoin de se blesser d'avantage.

« On avait bu je te rappelle, et... C'était... pas réfléchi, même toi tu l'as dit, que c'était pas comme ça qu'on allait... ! On savait que c'était une mauvaise idée, n-non ? Alors... Tu, je... »

La binoclarde baissa le regard la première, déviant les yeux vers le tissu à pois couvrant le sofa lorsque son regard croisa par mégarde son ventre. Comme d'habitude, l'autre n'arrive pas à s'exprimer dès qu'il s'agit de mettre des mots sur un quelconque ressenti. Oh, il fait toujours beaucoup d'effort, mais ça peut durer des heures. Et Martha n'a pas spécialement envie d'y passer la nuit, de remuer le couteau dans la plaie. Avec le temps, elle a perdu cette patience. Non, elle n'est pas fière de cette démarche qu'elle pensait ne pas vraiment lui ressembler. Parler de sa grossesse au dernier moment, attendre, ne pas prendre de précaution avant ni après, il lui semblait que ce n'était pas son genre. Mais quand on voit la famille qui nous reste se désagréger d'années en années, on fait l'impasse sur beaucoup de ses valeurs. On perd ses repères, on en cherche désespérément des nouveaux, stables ou non. Même si c'est hypocrite de vouloir se raccrocher à tout ça quand on est de ces personnes qui ont laissé le navire sombrer. Pourtant, elle, même si les autres partent, meurent, fuient, se brisent, elle veut tenir, elle veut survivre pour eux. Pour l'attendre, lui, même si elle n'est plus vraiment certaine de si elle l'attend par amour, par pitié ou par habitude. Son orgueil ravalé, la blonde ferma les yeux alors que son estomac lui faisait soudainement mal. Encore une chose qu'ils avaient tous les deux remarqué et qu'ils n'ont osé le relever, s'excusant encore une fois d'avoir trop de travail,  à l'entreprise et à l'étranger, de ne pas assez se voir pour avoir le temps d'en parler. Finalement, toutes les excuses ont bon dos et la future mère n'est plus certaine de connaître la bonne. En plein doute, sa voix se fit plus hésitante, plus apeurée.

« Peut-être... Peut-être que ce sera différent... »
« En quoi ? Tu penses qu'on a évolué ces dernières années, toi ?! Klaus s'est barré, Alexander a tué Irina et s'est barré aussi... Qu'est-ce qu'on peut espérer faire de ce... »
« On fera pas... ce qu'on a mal fait avec les jumeaux. On peut l'éviter, cette fois-ci. On peut encore faire quelque chose, essayer, au moins. »


Tandis qu'Helmut réagit sous le coup de la colère et de ses propres remords, faisant référence au départ de son petit frère dont il n'a plus aucune nouvelle et aux jumeaux en remettant une fois de plus la faute sur l’aîné, la voix de Martha se faisait plus incertaine, n'était plus qu'un souffle. Non, elle n'avait pas peur. Simplement, elle se perdait dans ce dont elle se pensait certaine. Elle pensait qu'essayer, faire perdurer quelque chose, ça conserverait leurs liens intacts. Ça les garderait ensemble, ça les forcerait à avancer, ça leur donnerait le cœur à autre chose qu'aux regrets... Non, elle n'a plus aucune idée de ce que tout cela pourrait donner, maintenant que leurs avis sur la question divergent. Ils ne sont plus les mêmes que quand ils avaient 30 ans, qu'ils ne savaient pas. Comment avait-elle pu être aussi stupide, penser sauver la situation... Ou encore comprendre le type qui partage sa vie depuis 20 ans, du moins, ce qu'il est devenu. Ou même se comprendre elle-même et se mettre devant le doute, devant les interrogations qu'elle ne peut plus éviter.

« Essayer... ? Avec un gosse ? Et tu es prête à revivre une grossesse malgré la dernière expérience et... C'est complètement pathétique, bordel. » Comme le silence qui suivit était confus, coléreux, le brun se corrigea, éclairant ses propos qui pouvaient paraître accusateurs. « Je.. Je dis ça pour moi aussi, hein. Toute façon... C'est encore ma faute, hein ? »

Mais, la blonde n'écoutait pas. Elle avait déjà trop de fois répondu à cette question, et elle commençait à se lasser. Il fallait se rendre à l'évidence : ils ne voient plus les choses au même niveau. Pourtant, il le faut. Sinon...

« Ça, c'est moi qui le gère. Je veux pas rester sur un échec et qu'on reste dans cet état, moi, tu comprends, ça ?! »
« Tu piges que peut-être, moi, je veux y rester pour le moment ?! »


Visiblement, aucun d'entre eux n'allait faire le premier pas vers l'autre. Après l'impatience, la confiance, la chute, le doute, c'est la peur qui prend le relais. Martha se sentit se ratatiner, vit ses arguments prendre la fuite, devenir obsolètes, stupides, infantiles. Et donc sa réponse aussi, devint immature. Elle avait l’impression d'être sortie de son corps, d'observer cette scène ridicule et pathétique, de se revoir commettre exactement les même erreurs qu'il y a 20 ans. Une époque où ils ne savaient pas, où tout pouvait encore bien se passer. Mais, on est plus il y a 20 ans. Et la mère taperait presque du pied pour se convaincre que si, que c'est pareil qu'avant, mais qu'elle a grandi quand même. Que c'est l'autre, qui ne veut plus la suivre, de toute façon, à toujours être défaitiste, déprimé et déprimant.

« Il va falloir que tu te remues à un moment ou à un autre ! Il faut bien qu'on avance. Sinon qu'est-ce que... Qu'est-ce qui nous reste, h-hein ? »


Sa voix avait tremblé, comme réalisant qu'ils jouaient là leurs dernières cartes, leur dernière tentative de se retrouver après tout ce qu'il s'est passé. La dernière tentative de se réunir car ils ne savaient plus quelle alternative choisir à celle-ci. Il y en avait certainement d'autres, mais ça avait tourné à l'obsession après tout ce que les jumeaux avaient représenté puis les regrets, les déceptions, la réalité qui leur était revenue en pleine face. Et l'impression de ne pouvoir arranger les choses. D'être incapables de faire leur devoir de parents comme il le fallait, comme ils avaient fini par vouloir le faire. Le faire avec des concessions dûes à la fatigue, à l'évidence que leur famille n'était pas ce qu'ils avaient espéré, mais qu'il y avait encore une chance de pouvoir arranger quelque chose. La mort était venue briser tout ça,et voilà là où cela les amène à présent. Une nouvelle tentative, une envie d'oublier, même si au fond, ils ne savent rien, ils ne seront jamais prêts : ils tentent simplement de se convaincre de l'inverse. De se convaincre que même après leurs pertes, on peut encore arranger, remplacer, retourner en arrière.

« Je veux toujours... Je veux une famille avec toi, Helmut. Je croyais que toi aussi tu... »

La honte l'envahit et lui donna la nausée en réalisant qu'elle était au bord des sanglots, tout comme son interlocuteur ; qu'elle ne regardait même plus, d'ailleurs. Celui-ci, pourtant n'hésita pas avant de répondre, imitant les élans de sincérité de son amie, d'une voix tout aussi effrayée.

« Je le veux aussi. Mais je ne suis peut-être pas... Nous deux, on est peut-être pas-- plus.. »

Six mois d'esquive d'une nouvelle conversation du même genre, de résignation, de culpabilisation et de tentatives de faire renaître quelques espoirs passèrent. La future mère prit pourtant soin d'elle et de son futur enfant, ce qui est assez ironique vu comme il serait délaissé par ses deux géniteurs une fois sorti. Géniteurs qui s'étaient résignés au fait que ce serait la dernière tentative (sûrement la tentative de trop) et qui savaient déjà que cela ne marcherait pas plus qu'avec les jumeaux. Et que même pour eux deux, ce serait peut-être aussi la fin. Mais pour nier tout ça, esquiver encore leur dernier acte et tout ce qu'ils devront un jour assumer et rattraper, il fallait que ce petit dernier naisse. Après tout cela, c'est les yeux grands ouverts et brillants que Ludwig vint au monde.


Scène 1
« Papa, c'est la chambre de qui qui est à côté de ma chambre à moi ? »

L'enfant de 5 ans semble minuscule dans cette immense maison aux plafonds hauts. Ses grand yeux bleus ciel fixent son père concentré, assis derrière son bureau et des tas de livres et papiers. Quand le géniteur lève les yeux, Ludwig ne sait pas trop pourquoi il va immédiatement regarder ailleurs. Peut-être a-t-il déjà peur de lui, de ce regard fatigué, fermé, aussi aimable qu'une porte de prison. Il ne sait pas mettre des mots sur tout ça, mais ces œillades amères lui ont toujours donné l'impression de ne pas être le bienvenu dans la demeure familiale. Peut-être que c'est pour ça que ce regard pourtant loin d'être monstrueux hante ses pires cauchemars. Même aujourd'hui, il pense à ce lieu froidement comme  « La maison d'Helmut et Martha », avec la volonté de se dissocier complètement de ses liens parentaux, bien que la chose soit mal aisée. En effet, comment, et de quoi se détacher quand le concept de l'attachement a toujours été chose floue pour lui, que ses géniteurs ne lui ont pas appris ? Oh, ses géniteurs n'étaient nullement violents. Mais, il a toujours d'eux une vision de personnes sévères, coincées, impassibles. Avec des exemples si abscons sur l'affect et les sentiments, il lui en fallait peu pour craindre les remontrances qui pouvaient retomber n'importe quand, sans crier « gare ». Pourtant il ne cesse de chercher l'attention d'un père et d'une mère qui le laissent grandir dans son coin, avec les cours particuliers qu'il lui offre déjà de temps à autre, à son rythme d'enfant de 5 ans. Le paternel soupire et retourne sur ses papiers comme si la question qui tenait pourtant tant au cœur du petit garçon était sans importance.

« A personne, c'est une chambre d'amis. Arrêtes de me demander. »

Sans importance. Ludwig avait appris à se sentir ainsi à travers le regard de ses parents. Il fallait qu'il grandisse, qu'il apprenne, qu'il comprenne les choses par lui-même. Et là il deviendrait peut-être digne d'attention. Mais à 5 ans, ce n'est pas possible, à 5 ans, on a des questions, rien que des questions. Et celle-ci n'est pas stupide. Aucune ne l'est. Ludwig était incapable de mettre des mots dessus, alors, mais il sentait que quelque chose n'allait pas avec cette chambre vide, et cette question précise. Alors, il persévèrait. Ce n'est pas très sain, mais c'est pour le moment la seule chose qu'il a trouver pour déclencher autre chose que de l'indifférence chez ses parents.

« Mais quand Ellias et Tonton Hanz viennent, ils dorment pas dans la chambre. »


Au moins, il y a des adultes gentils, comme son cousin Ellias et son oncle, qui lui donnent parfois l'affection qu'il réclame, avec une gêne assez évidente, qu'il ignore cependant pour son propre confort. Souvent, Ludwig demande pourquoi il n'a pas de frère, pas de sœur plus jeune, pas de cousins de son âge. Il s'ennuie dans cette grande maison, a commencé à demander pourquoi il n'allait pas à l'école dès qu'on lui avait expliqué le concept a force de l’appréhender dans les livres d'histoires. De nouveau, il entend Helmut soupirer. Ce serait malhonnête d'assurer que ce soupir retentit encore dans sa tête, le mettait déjà mal à l'aise de part tout ce qu'il cachait comme choses qui auraient dû lui être apprises plus tôt.

« Ils ont d'autres chambres ici. »

La paternel se leva et ouvrit la porte du bureau au petit blond, lui indiquant la sortie. Le jeune Nagel-Jung leva un regard suppliant vers son géniteur, espérant obtenir gain de cause. Ce dernier l'avait observé quelques instants, sa main avait hésité, tremblé un instant sur la poignée, puis s'était refermée avec plus de dureté. Son expression devenue plus tendre l'espace de quelques instants était redevenue dure, courroucée. Puis il parla avec une intonation plus autoritaire. Maintenant qu'il y repense, ce ton autoritaire, décisionnaire, sonnait tellement faux.

« Maintenant, retournes jouer dans ta chambre. J'ai du travail. »


Scène 3
« Maman, pourquoi j'ai pas des frères et sœur pour jouer ? »

La question est innocente, mais la génitrice eut tout de même un temps d'arrêt et crispa sa main contre la souris de son ordinateur. Ses ongles crissèrent contre le plastique alors qu'elle digérait ce que cette question d'apparence si candide sous-entendait. Il est vrai que Ludwig grandissait seul et réclamait souvent de rencontrer des enfants de son âge. Ses cousins étaient tous bien plus âgés en plus de ça, donc comme d'autres enfants avant lui, le gamin de 5 ans réclamait des frères et sœurs qui lui tomberaient du ciel. Martha craint un instant que le gosse ne soupçonne quelque chose au sujet des mensonges qu'elle et son époux se sont promis de garder après la naissance de Ludwig. C'est stupide, hein, croire qu'en cachant la vérité au petit, on pourra faire comme si ne rien était. En effet, ils font comme si ne rien était. Comme dans « comme si le blondinet n'existait pas », des fois. Rien ne change, c'est comme si le temps s'était figé dans cette demeure depuis le 2 février 2009. La blonde finit par se détendre sans pour autant adresser un regard dur à son fils de 5 ans.

« ...C'est quoi cette question ? »

Effrayé, Ludwig baissa les yeux et s'emmêla les doigts avec embarras. Il ne comprend pas trop la question et ne sait que répondre, alors il décida de se répéter.

« Bah, c'est pour jouer... Y'a que Ellias et Tonton qui jouent avec moi. Il reviennent quand, dis ? »

Ah, ça, il les aime toujours autant, son oncle et son grand cousin. Actuellement, ils lui manquent beaucoup. Hanz était si drôle, joyeux, et Ellias était si gentil, si compatissant. C'était bien les seuls adultes dont il avait une vision positive pendant bien longtemps, avant de rencontrer Alex, Riku, Soltan et aussi Faust. Dans tous les cas, les regards implorants de petit garçon torturé de son fils irritèrent Martha plus rapidement qu'elle ne l'aurait imaginé. Il faut dire que la conversation la gênait, la faisait culpabiliser. N'est-ce pas elle qui l'a voulu, ce gosse ?! Objectivement, il n'est pas méchant, elle le trouve même adorable et mignon. Mais ça ne marche pas. Tout est faux, tout est forcé et malsain dans ce qui a fait en sorte que ce gamin ait fini par avoir la « chance » d'exister.  

« J'en sais rien, d'accord ? On ne va pas les déranger juste parce que tu veux les voir ! »

Ludwig n'a jamais su comment agir avec ses parents. Mais s'il s'est toujours tu, a toujours fui devant le profond malaise que lui inspirait son père, il réagissait avec plus de colère en face de sa mère. Il osait lui répondre, réagir, lui crier qu'il existe, qu'il a envie d'exister.

« Mais.. Je m'ennuie ! »

Martha sembla s'apaiser. Du moins, elle n'avait plus envie de crier, de s'énerver. Ce n'était pas de l'apaisement, c'était de la résignation. Elle aussi, se fermait, esquivait. Avec toujours la même excuse qui ne doit plus vous être très difficile de deviner.

« Arrêtes de pleurnicher, va jouer avec tes légos ou regardes tes livres mais laisses-moi travailler tranquille. »

Le petit poing du blondin se serra sur lui même et il se mordit la lèvre avec frustration. Un tas d'émotion l'envahissaient sans pitié, lui faisaient mal sans qu'il ne puisse les comprendre. Il ne cria pas, ne pleura pas, il ne savait pas quoi faire. Il finit par répondre ce qu'il pensait le plus juste.

« ...C'est nul... »

De nature autoritaire, Martha cru bon de corriger son garçon. Elle darda un regard dur sur lui, menaçantes, en l'incitant à oser répéter s'il le pouvait.

« Pardon ? »

Quelle ne fut pas sa surprise quand le gamin n'hésita pas une seconde à crier ce qui le dérangeait.

« C'est nul ! J'ai rien à faire ! Et Papa et toi vous travaillez tout le temps ! C'est trop nul cette maison ! »

Il y eut un silence étrange. Martha serra le poing et Ludwig ne se sentait ni triste ni fier. Il attendit, patiemment, sans le savoir, qu'on lui dise la vérité. Il attendit des confessions, autre choses qu'un mensonge, pour une fois. Non, tout ce qu'il récolta, ce fut une menace d'être puni pour son audace. Une fois de plus.

« Retournes tout de suite dans ta chambre sinon je t'enfermes dans le grenier ! »


Scène 3
« Qu'est-ce qu'elle fait là cette boite ? »

Passé le coup de panique qu'il avait eu l'air d'avoir à la vue d'une boite en carton des plus banales, le paternel avait repris contenance et s'était adressé à la blonde et au blondin assis autour de la table de la cuisine. Oh, il ne savait que trop bien de quoi il s'agit. Des souvenirs, des photos qu'ils n'ont pas eu la force de balancer pour de bon avant l'arrivée de Ludwig. Des choses qu'ils ont oublié dans le grenier sans savoir que leur dernier enfant avait pris l'habitude d'y jouer, de s'y faire peur, pour finir par fouiller à la recherche de vieux costumes pour se déguiser. Ils auraient du se douter que cela allait arrivé, à force de le laisser gambader partout sans surveillances et sans rien à faire. Ludwig avait découvert ce qu'ils cachaient depuis le début, c'est ce qui devait arriver et ils avaient espéré en vain qu'ils n'auraient jamais à avoir cette conversation.

« Assieds-toi, s'il te plaît. »

Pendant que l'autre prenait docilement place avec un air qui donnait l'impression qu'il venait de voir les pires champs de bataille, Ludwig s'impatientait. Même sais comprendre tous les tenants et les aboutissants de ce qui était en train de se passait, le petit garçon sentait en colère, trompé, trahi. Il avait déjà beaucoup de raisons d'en vouloir à ses vieux et là, eh bien, ça n'allait va rien arranger. Il ne s'en voudra jamais d'avoir insisté ce jour-là, ni d'avoir fouiné, sinon, il serait encore dans cette maudite maison immense où l'on s'ennuie. Mais repenser à tout ça, repenser à ce moment précis et aux mensonges qu'on allait encore réussir à lui faire avaler... Oui, aujourd'hui encore, ça lui donne la nausée.

« C'est qui sur les photos ? »
« Je t'ai dit d'attendre avant de poser des questions. »


Il se fit rabrouer sans ménagement par Martha. Le jeune garçon se mit à froncer les sourcils avec une colère et une frustration manifeste. « Ils ont pas le droit, c'est dégueulasse de m'avoir menti comme ça », est ce qui correspondrait le mieux aux fil confus des pensées qu'il avait eu, alors.

« Mais... »

C'est tout ce qu'il trouva pour s'insurger, alors, en reprenant son air suppliant de petit garçon solitaire. Le voir porter son regard de la pitié fit soupirer en parfaire synchronisation ses deux parents qui finirent par cesser de résister. C'est sa mère la première qui prit la parole, s'éfforçant de rester calme.

« Ludwig. Il faut que tu comprennes. On a caché tout ça pour que tu ne le trouves pas et que tu ne sois pas triste. Est-ce que tu veux vraiment qu'on t'explique, sachant que ça peut te rendre triste ? »

Tout ça était bien trop malaisant. Ludwig ne s'en souvient que trop, de ce moment précis, de tout le dégoût qu'il lui inspire encore. De sa vie avec ses parents, il n'a que des fragments. A part ce moment, cet instant où il s’apprête à apprendre quelque chose qui changera sa vie et le conduira bientôt vers ce qui lui a toujours manqué. Mais avant ça, il lui fallait supporter toute la confusion que provoquait cette situation dans ses mécanismes d'enfants, incapables de tout saisir, encore moins ce que racontait sa mère et le malaise qui les envahissait tous les trois.

« J'comprends rien ! C'est qui sur les photos ?! »

Le ton était parti pour monter sans tarder. Sur la défensive, sa mère fronça plus encore les sourcils avant de rétorquer et de menacer.

« Tu sais ce qui se passes, si tu cries ! Tu veux retourner dans ta chambre ? »
« Non ! Je veux savoir ! »


Le silence se fit, lourd, menaçant, alors que Martha hésitait à prononcer sa sentence, s'apprêtait à refermer la boite qu'elle avait entrepris d'ouvrir. Après quelques secondes, la voix résignée du géniteur de Ludwig se fit entendre pendant qu'il tentait de capter le regard de son épouse.

« Martha... ? »


Celle-ci se massa les tempes, sans répondre, n'ayant pas l'air de vouloir supporter le faux calme du brun a l'air en permanence fatigué.

« Faut lui dire la vérité. »

La encore, elle ne tourna pas la tête, mais la résignation de l'autre finit par la contaminer.

« … Je l'aurais prévenu. »

Martha prit une grande inspiration. Pour la première fois en un bon quart d'heure, elle osa croiser le regard de son mari avant de se mettre à parler. Finalement, elle ouvrit la boite et Ludwig se leva, s'appuyant sur la pointe des pieds et le bord de la table pour se faire plus grand et regarder à l'intérieur de ce qu'il avait découvert. On sortit devant lui quelques photos qu'il avait déjà pu voir lorsqu'il avait fait sa trouvaille. C'était une photo de famille où il reconnu ses deux parents environ 10 ans plus jeunes, avec deux enfants l'air plus âgés que lui, une fille aux longs cheveux blancs a l'air triste et un garçon aux cheveux blonds portant un sourire joueur ; c'est bien le  seul qui souriait sur cette photo. On lui sortit d'autre clichés, où ces deux enfants grandissaient, on lui faisait faire les liens entre leurs différents âges... 8 ans,  10 ans... Ils avaient l'air adolescents sur les dernières photos et on leur retrouvait toujours les mêmes expressions : des sourires ou des moues tristes chez la fille à la chevelure de neige et des rictus victorieux sur le visage du blond. Le regard de Ludwig passait des photos aux visages de ses parents, dont les expressions étaient devenues un peu perdues, plus graves qu'attendries. Après quelques minutes passées à contempler les photos tout en se doutant un peu de ce qui allait lui être révélé (du moins, il avait quelques espoirs), on daigna enfin lui donner des explications.

« Ludwig. Ça, c'est Alexander et ça, c'est Irina. »
« C'est qui ? »
« ...C'est ton grand frère. Et ta grande sœur. »


Ce fut comme si le temps s'arrêtait avant de reprendre à toute vitesse pour Ludwig. Debout à côté de la table, il eut un temps d'arrêt et se mit à trépigner, à pétiller. Son regard et son sourire éclaircirent tout son visage, dans une expression de bonheur provisoire sincère. L'air béat, il regarda tour à tour sa mère, puis son père, en plein ravissement. Il voulait tout savoir, qui étaient cette sœur et ce frère qu'il n'a jamais vu en vrai, où il sont, pourquoi il ne sont plus là, quand pourrait-il les voir.

« C'est vrai ?! »

Cette première question n'eut pas de réponse et il prit ça comme une confirmation avant d’enchaîner aussi vite.

« Où ils sont ?! Je peux les voir ? »

Ses géniteurs retinrent leur souffle, ne trouvèrent pas la force de continuer. Leurs regards devinrent fuyants, affectés, humides l'espace d'un instant. Devant ces réaction qui ne pouvais pas être positives, Ludwig sentit une vague d'inquiétude, de peur, de tristesse l'envahir. Il ne voulait pas apprendre de mauvaise nouvelle. Ça ne se peut pas, ce serait trop horrible.

« ...Papa ? Ils sont où.. ? Maman.. ? »

Sa voix avait perdu son enthousiasme de tantôt et se faisait apeurée. C'est comme si il savait déjà ce qui allait venir. Après tout.. Avait-il déjà été autre chose que déçu avec les deux adultes assis en face de lui ? Cette fois c'est son père qui lui livra des explications, en croisant ses bras sur son torse et en gardant le regard bas.

« Ils ne sont plus là. »

Sous le choc, Ludwig se rassit, totalement calmé, comme si on lui avait brusquement lancé un seau d'eau glacée à la figure. Ça faisait plus l'effet d'une grosse baffe, à son sens, même si n'avait jamais pris de mandale de sa vie. Mais le blondin n'y croit toujours pas. Il ne se rend pas compte de ce que sous-entendent les propos de son père qui a vu enterrer sa fille et ne sait rien de ce que devient son fils. A 5 ans, Ludwig ne s'est pas vraiment interrogé sur le concept de mort, même si quelques livres d'histoires abordent ce fait de loin et de manière très édulcorée.  

« Pour... Pourquoi... ? »
« Disons qu'ils sont... partis, et qu'ils ne reviendront pas. »


Cette réponse ne lui suffisait pas. Le jeune garçon se sentait encore plus confus, encore plus trompé. Cette réponse n'est pas suffisante, pas celle qu'il veut, c'est pas juste de répondre comme ça, c'est pas du jeu. Ça ne lui disait rien, ça ne l'avançait en rien, ne lui donnait pas l'espoir qu'il avait espéré de la vérité qu'on devait lui donner. Sous le coup de la frustration, le blondin sentit que ses yeux devenaient plus humides. Il cédait lentement mais sûrement à la colère sans savoir comment l’appréhender.

« Mais, pourquoi ?! »

Sa voix commençait à trembler, à se casser, à s'emballer dans un dernier élan de bravoure. Ses espoirs de réponses furent accueillies par la pire des répliques. Celle qui raisonne encore dans sa tête.

« ...Tu es trop petit pour comprendre. »

« Trop petit. Trop insignifiant. Tu ne peux pas comprendre. De toute façon, on ne veut pas que tu comprennes. On s'en fiche que tu comprenne. On est tes parents, mais on est pas assez courageux pour tout te raconter, alors ton te prend pour un con. » C'est ainsi que Ludwig interpréta et interprète toujours ces propos. Avec le temps, il a eu le temps de mettre les mots sur le dégoût que lui inspirait ce laïus condescendant. Mais, si le coup, les larmes lui virent aux yeux et les sanglots commencèrent à secouer son petit corps. Alors que son poing cognait sur la table. Il s'était mis à crier enter deux crises de larmes, hurler à l'injustice devant des parents qui se seraient presque ratatinés devant le résultat de leur propre lâcheté.

« C'est pas juste ! Où ils sont ?! Je veux les voir ! Je veux mon grand frère et ma grande sœur ! »


Son ton variait entre les cris de colère, le caprice et l'imploration. Indigné et glacé par le refus de ses parents de lui donner plus d'explication. Il ne s’arrêta pas de crier malgré les avertissements de ses parents lui ordonnant de se taire et d’arrêter de pleurer, en proférant des menaces, en tentant de se donner des excuses, que de toute façon, c'est comme ça, on y peut rien, qu'il doit oublier Alexander et Irina et être un grand garçon.

« C'est... C'est pas juste... »

Articula le gamin perdu dans cette réalité trop compliquée et douloureuse pour lui. Il plaqua ses poings contre ses yeux, dans l'espoir d'en chasser ses larmes. Derrière, son regard rougi par les pleurs bouillonnait, pourtant. Bouillonnait d'une envie chevalresque de se rebeller, de montrer que non, il ne passerait pas l'éponge de sitôt.

« Jamais... J'oublierais jamais !! »
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Ludwig Nagel-Jung
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MessageSujet: Re: La vie est un songe    Ven 9 Fév - 20:39

HISTOIRE
Acte II

Scène 4
« Je le savais, je le savais !! »

Triomphant, le blondin ne se lassait pas de répéter ces quelques mots depuis plusieurs semaines, tout sourire, sachant bien l'effet que cela produisait sur ses parents. Oh, ce n'était pas méchant, mais, cela lui faisait bien trop plaisir d'avoir eu raison face à ses géniteurs si arrogants et hautains, pour une fois. Pour une fois, ils ne peuvent plus le contredire et lui dire qu'il est trop petit et ne doit pas s'en mêler. Il auraient bien tord de se défendre de quoique ce soit quand, un jour, Ludwig osa allumer le téléviseur pour regarder la transmission de la compétition Enolianne comme cela lui était déjà arrivé, et tomba sur un match disputé par son grand frère. Il l'avait reconnu sans grand mal avec le temps qu'il avait passé à contempler les photos de ses aînés pour les imaginer à ses côtés. Il s'était mis à adorer ces photos, à les contempler, à rêver que ses aînés viennent le sauver, l'arracher à cette grande maison ennuyeuse et à ses parents. Ce serait facile, en plus, leurs parents s'en fichent et ne demandaient que ça, on dirait. Après la découverte de la boite, ils n'osaient parfois même plus protester devant l'indignation de leur dernier enfant, s'enfermant dans leur culpabilité et leurs remords. Cela avait aussi eu l'effet de restaurer un semblant de dialogue entre Martha et Helmut, si l'on peut appeler les engueulades des « dialogues ». En effet, depuis quelques temps, les parents de Ludwig se reparlaient et le garçon les entendait crier des fois, au rez-de-chaussée, ce qui lui donnait encore plus envie de s'enfermer dans son monde et ses rêves. Les rapports entre ses vieux avaient encore empiré après l'apparition d'Alexander à la télé. Ils avaient passé des jours à se disputer, puis, de nouveau, c'était le calme plat. Tandis que ce qui semblait être un silence interminable s'était installé dans la demeure, Ludwig osa sortir de sa chambre plus souvent, se promener dans cette maison de fantômes où ses parents n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes, qu'il croisait vaguement lors des repas, que parfois on lui préparait juste sur la table pour qu'il les mange tout seul. Ludwig n'a jamais aimé être tout seul, mais parfois, on s'y habituait. Surtout quand la solitude est le choix le moins douloureux. Et puis, il n'était pas vraiment seul. Il se consolait avec les visions de ses aînés. Pourtant, après plusieurs jours ainsi, Ludwig sortit de sa chambre et monta jusqu'au bureau de son père. Il osa lui faire une demande simple, une seule. Il lui demanda à aller voir son grand frère, en Enola. Et comble la surprise, après avoir passé au moins une minute dans un silence réflexif et résigné, Helmut ne refusa pas.

***


« On va voir Alexander ?! »

Enfin. Le gamin aux cheveux blonds qui allait sur ses 6 ans n'en pouvait plus d'attendre. En quelques semaines, les billets d'avion avaient été réservés sans qu'on en parle à Martha, tout était prévu. Ils avaient même eu Alexander par téléphone et tout ce que Ludwig avait compris, c'est qu'il les attendait de pied ferme. Le jeune garçon n'avait aucune idée de ce qui se passait entre son père et son frère aîné, de ce que leurs remords, leurs haines et leur folie leur ferait faire : s’entre tuer pour le blondin car ils ne trouveraient aucun autre moyen de communication. En même temps, Ludwig n'a jamais voulu savoir tout ça et c'est aussi bien qu'il en soit aujourd'hui encore ignorant de tout ce qui conduit à sa prise en charge par son grand frère. Car, après tout, c'est la meilleure chose qui lui soit arrivée, alors qu'importe comment ça s'est passé et du sang qui a pu couler. Alexander ne ferait jamais de mal pour son petit frère, après tout, ou alors, c'était pas pour être vraiment méchant, pas vrai...?

« On va prendre l'avion ?! »

Les questions incessantes de Ludwig semblaient glisser sur son géniteur. Ce dernier s'était fermé depuis des mois, n'était même plus affecté par les paroles ou les tentatives d'attirer l'attention de son fils. Lui, sa décision était prise. Il allait mettre fin à tout ça, laisser Ludwig à un autre, se détourner enfin de toute cette histoire... Il était prêt à tout, aussi désespéré que cela puisse être. C'est à peine si il en avait parlé à la mère de Ludwig. De toute façon, Ludwig l'avait remarqué aussi, celle-ci était toujours en déplacement pour le travail. Elle faisait un peu exprès pour ne pas être à la maison. Mais, le jour de leur départ, elle était là, elle les regarda faire leurs affaires, sans les quitter des yeux. Ludwig croisa son regard plusieurs fois mais il n'a aucun souvenir du visage de sa mère ce jour-là. A vrai dire, aujourd'hui, le visage de sa mère disparaît de plus en plus de ses souvenirs. Et en fait, les jours, les deux semaines qui ont suivi ne sont que floues dans son esprit qui voulait oublier, passer à autre chose.

« Dis, tu vois que Alexander il est pas vraiment parti ! Il a même téléphoné ! »


Tout ce qu'il voulait savoir, c'est qu'il avait eu raison de croire que ses ainés étaient encore en vie quelque part même s'il s'interrogeait encore au sujet d'Irina. Tout ce qui importe à Ludwig, c'est qu'il allait voir son grand frère, voir ses derniers matchs de ligue, et qu'il serait bientôt dans ses bras, qu'il verrait de plus près son beau sourire, aussi beau que celui des photos. Et, qui sait, peut-être qu'il pourra rester avec lui pour toujours ?

« Pourquoi Maman elle vient pas avec nous ? »

Avait-il dit en s'apprêtant à franchir la porte, levant la tête vers la mère, perchée en haut des escaliers. Le regard de son père suivit le sien avant de se détourner, neutre et impassible.

« C'est juste toi et moi. »

Ludwig n'entendit qu'à peine et ne se préoccupa de comprendre ces propos prononcé d'une voix faible qui se voulait insensible. Ne tenant pas en place, il s'avança en sautillant jusqu'à la voiture, euphorique à l'heure du départ.

« C'est loin en avion ? C'est vrai que Enola c'est une île tropicool ? »
« Tropicale. »


Répondit machinalement le paternel en démarrant la voiture. Il lui fallu un temps consacré à contempler sa demeure comme si c'était la dernière fois qu'il la voyait avant que la voiture ne quitte le domaine. Sur la banquette arrière, Ludwig n'avait rien vu de toute cela. Et pour être tout à fait honnête, il s'en moquait. Et il s'en moque toujours éperdument. Car tout ça, tout ce qu'il y a avant ce départ, ça ne comptait plus.

« J'ai hâte de voir Alexander ! »


Scène 5
« Sois courageux, ok ?! »

Courageux, gentil, mignon, adorable, même. Le parfait petit frère que tout le monde doit souhaiter avoir. Qui fait l'effort de manger ses haricots, qui chigne un peu avant d'aller au bain mais pas trop, qui sourit, qui tend les bras quand Alex était triste. Alexander m'a appris a être tout ça pour lui. Et pour moi, il est encore plus que ça. Ses mots, quand il m'a pris la main pour qu'on s'en aille tous les deux en laissant Papa derrière, qui résonnent avec douceur dans ma tête, me donnent l'impression de flotter comme dans un rêve lorsque je me les remémore. C'était le début de tout, le début de ma vie... Une vie où plus personne ne me trouverait sans importance, où plus personne n'oubliera que j'existe. Parce que Alex est comme ça aussi : il veut qu'on existe, et il m'a appris à aimer exister pour être aimé, et être son petit frère adoré.

« C'est fini, maintenant, c'est moi qui vais te protéger. »

Je sens toujours la chaleur de sa main contre la mienne, quand il m'a promis de rester avec moi pour toujours. Si maintenant on ne peut pas être tous les deux, ça ne veut pas dire qu'il a oublié sa promesse, d'ailleurs ! Alex n'est pas comme Riku, il ne va pas partir comme ça, même si il est triste ou qu'il a peur. Je me souviens de tous les bons moments avec Alex, les meilleurs moments avec mon grand frère, mon sauveur qui m'a sauvé de la grande maison froide des parents.

Il fait toujours beau et chaud sur Enola, le soleil m'éblouit et je me débats en riant alors qu'Alex tente de badigeonner de la crème solaire sur ma peau de petit blond capricieux. J'observe le ciel, les quelques nuages, les oiseaux qui s'en vont faire leur nids par petits couples. En me redressant, finalement couvert d'écran total, j'observe la prairie qui s'étend devant moi. Un peu plus bas, Riku a installé une grande nappe à l’effigie de Pingoléon sur l'herbe et a sorti sa guitare pour chantonner. Alex me prend par la main et on descend vers elle. Mon grand frère sourit, je ris, et Riku se retourne vers nous, avec un rictus tout aussi euphorique.

« Hey, guys ! »

Je m’assois et je lève les yeux vers les deux jeunes adultes qui échangent un regard complice, se taquinant un peu au passage. Riku se détourne la première pour diriger ses iris colorés lentilles rouges vers mon visage, et se jette sur moi en disant qu'elle va me manger tout cru avec des brocolis, et commence une attaque de monstre chatouille. Alex ne se joint pas à nous mais il ricane et c'est tout ce qui compte. Que mon grand frère, ma famille, soit heureuse.

Même si Irina n'est plus là, il y avait Riku, c'était comme une grande sœur. Alex et elle veillaient sur moi, c'est comme avoir une vraie famille, enfin. C'est ce que fait une vraie famille, non ? Rire, jouer, sourire, faire des sorties et se raconter des histoires... C'est comme ça que ça doit toujours être, la famille. Alex ne m'a fait vivre que des moments comme ça. Il a toujours dit que le reste ça s'oublie, alors ça compte pas. Il ne ment jamais et je comprend pas pourquoi tout le monde veut me faire croire que c'est un menteur. C'est juste que dans sa réalité à lui... Bah, Alex, il est tout le temps a penser à des trucs dans sa tête et à rêvasser a pleins d'aventures. Il m'a dit que un jour que « son monde » c'est un peu comme dans sa tête, dans ses rêves, alors, c'est pour ça qu'il vit comme ça !

« On s'fait un selfie avant de rentrer ? »

L'après-midi dans les prairies des terres fertiles est passé trop vite, et j'ai dormi sur les dos d'Alex pendant qu'on rentrait au château. J'ai encore la photo de cet après-midi dans mes affaires, la regarder me donne du courage tous les matins. Et puis, en plus, c'est la dernière qui date de quand Riku vivait avec nous. Elle me manque et le château d'Alex aussi, mais je sais qu'on y retournera dès qu'Alex sortira de prison alors.. J'ai promis d'être patient pour lui et de toujours l'attendre !


Scène 6
« Montres-moi ton bulletin, la loutre. »

J'avais trop hâte que Alex me demande ça ! Je lâche mes légos Pokémon un moment et courre jusqu'à ma chambre située dans la petite tour du château. C'est quand même trop la classe d'avoir une chambre dans une tour, même si on peut pas mettre le lit dans un coin et ça agaçait Alex, du coup il avait fait une table de nuit qui pouvait s'insérer pile poil dans l'espace entre le lit et le mur incurvé.. Enfin bref ! Je fouille dans mon cartable et je trouve tout de suite le joli bulletin que ma maîtresse de CP, Madame Odry, nous a distribués tout à l'heure, à la fin de l'école. Je suis super fier de moi, j'ai fait plein d'efforts pour avoir des bons résultats, et je sais déjà que j'ai pleins de commentaires encourageants, surtout que j'ai toujours un peu de mal en français ! Alex va être super fier de moi et il va sûrement me faire un câlin et un steak-frittes sauce poivre pour fêter ça ! Je descend à toute vitesse avec Loulou et Tutur, mon Moustillon et mon Mustébouée qui me suivent partout depuis super longtemps, et j'arrive dans la cuisine ou Alex prépare le repas. Beeerk, c'est une quiche chèvre-épinards, ce soir ! Enfin, c'est pas grave, c'est Alex qui l'a fait, ce sera bon... Et puis, il aime pas qu'on gâche la nourriture, je voudrais pas le vexer !

Tout sourire, je m’assoies à la table et pose fièrement mon bulletin sur la toile cirée à motifs de Rototaupe et Minotaupe avec un tablier et une toque de cuisiner. Alex il a des goûts un peu bizarres de fois... Enfin, non, il a super bon goût, hein ! Il bouderait si je lui disais que j'aime pas trop, en plus, alors, motus ! Puis il a toujours meilleur goût que Papa et Maman, donc ça fait qu'il a bon goût tout court, c'est tout ! J'attends que Alex termine la quiche. Il est très concentré quand il travaille, c'est trop la classe. Parfois, quand il regard pas, j'essaie d'imiter son regard super intense et je m'ébouriffe les cheveux pour lui ressembler.. Il me manquerait plus que les lunettes ! D'ailleurs, je vais lui faire une surprise pour quand il se retournera. Je passe ma main dans mes cheveux tout plats et les ébouriffe dans tous les sens. J'ajoute même de l'eau du picher pour que ça tienne ! Et voilà, ça tient super bien, je suis fin prêt. Alex s'est toujours pas retourné, il doit faire une blague ! Il a terminé la tarte et regarde dehors en silence, par la petite fenêtre de la cuisine. Je me demande si Riku va venir manger avec nous ce soir.. ? Peut-être qu'il se demande si il faut lui laisser de la nourriture en plus ? Ce serait bien Alex, ça, il est hyper prévoyant et... Ah ! Ça y est, il se retourne et il me regarde enfin !

« Tadaaaa ! »

Je lui montre mon bulletin et mes cheveux. Il a vraiment l'air surpris de me voir et cligne des yeux.

« Ah, bah, t'es là, toi ? »


Je sens que mon sourire triomphant disparaît un peu, mais il faut pas ! J'ai regardé une seconde ailleurs, mais je suis sûr que Alex fait une blague et si je le prends pas bien, il va bouder !

« Bah ! Bah oui ! Et j'ai mon super bulletin ! »

Il regarde le bulletin en question. Bon, j'aurais bien aimé qu'il rigole sur ma coupe de cheveux, mais bon ! Puis, tout un coup, son visage neutre se met à sourire et il va ramasser le bulletin, en gloussant de son rire franc et clair.

« Ahah. Mais oui. Je sais, je te fais marcher ! »


Ah ! Je savais que c'était une blague ! Alex il en fait tout le temps des blagues ! C'est mieux que Papa et Maman qui étaient tout le temps trop sérieux et ennuyeux... Avec lui, au moins, je m'ennuie jamais. Je rigole à mon tour en me tortillant sur ma chaise et mon grand frère ouvre le bulletin, qu'il le regarde rapidement, puis qu'il me rend.

« Bah, voilà, c'est bien. »

Hm, hm ! J'aurais préféré qu'il me dise que c'est « vraiment très bien » ! Et qu'il me fasse un gros câlin. Mais il est retourné regarder par la fenêtre. Je crois que Riku lui manque. Ça me rend un peu jaloux.

« Elle mange pas avec nous, Riku ? »


Je demande, car j'aime pas quand y'a du silence comme ça. Alex soupire et continue de fixer le jardin.

« C'est pas la peine de l'attendre. »
« T'es triste ? »


Je veux pas qu'il soit triste, moi ! Quand Alex est triste, je suis triste aussi.

« Mais te là pour me remonter le moral, hein, de toute façon ! »


Un peu mon neveu ! Bon, j’aurais voulu qu'on se fasse un câlin et qu'on oublie tout, mais ce sera pas pour cette fois, je crois !

Maintenant que j'y pense, j'étais quand même vachement égoïste quand j'avais 6 ans... Je savais pas à l'époque que Alex était inquiet que Riku soit pas là, parce qu'il disait que quand elle était pas là, il pouvait pas la protéger. Je me sens un peu mal d'avoir exigé des trucs de lui quand il avait pas forcément envie... Je suis un peu égoïste, hein ? A l'école, parfois, on me disais que je monopolisais la conversation et que je devrais apprendre à parler d'autre chose que mon grand frère. Même Alice aussi, des fois, ça a l'air de la saouler. Pourtant, c'est ma meilleure amie depuis hyper longtemps et je suis sûr qu'elle comprend mais... je sais pas, c'est toujours tout bizarre quand je parle de lui. Enfin, heureusement, ça nous empêche pas de nous amuser ensemble quand on se voit, quand même.

Mais bon, quand Alex était comme ça, je savais que c'était ma mission de le rendre heureux et de le faire sourire ! Alors je faisais le clown et je racontais des histoires de Chevalier-Loutre Doré qui va combattre les méchants avec l'Empereur Blondasse ! Bon, Alex veut toujours jouer le méchant quand on joue à ça, mais c'est rigolo, comme ça on pouvait faire des combats Pokémon. Ça me manque, d'ailleurs... On parle toujours de Pokémon quand je vais le voir à la prison, mais on peut plus faire des combats. Mais, bientôt. Je sais qu'un jour, il sortira, et on combattra de nouveau. Et peut-être que Riku reviendra elle aussi ! Comme ça, on sera de nouveau la super famille qu'on était avant et qui me manque vraiment de plus en plus... Même si Soltan, Marilyn, Iris et Mikoto et même Shizune sont gentils avec moi, moi, je veux retrouver ce château, ma chambre dans la tour, le grand jardin avec la piscine et les Pokémon... Toute la maison où j'étais vraiment le plus heureux de toute ma vie, quoi.


Scène 7
« Pourquoi tu as fait ça, Ludwig? T’enfuir, comme ça? Tu sais que les falaises, quand il fait mauvais, c’est hyper dangereux! Qu’est-ce qui t’as pris?! »

C'était pas bien ce que j'avais fait ce soir-là... Je me suis enfui de la maison pendant que Riku me surveillait pas. J'adore Riku mais... C'était sa faute. Elle arrêtait pas de me crier dessus quand je voulais juste attendre Alex pour lui donner son gâteau d'anniversaire ! Elle avait promis qu'on ferait  l'anniv' tous ensemble et là, elle me harcelait pour que je dorme car selon elle, Alex allait pas revenir ce soir. Elle était méchante et disait des trucs méchants sur lui qui lui ressemblait pas du tout ! Comme si Alex faisait exprès d'être pas là pour nous rendre dépendants, qu'il était totalement insensible et s'en fichait de nous ! C'est pas vrai, elle le connaissait pas ! Moi, je le connais mieux qu'elle, Alex, et je sais qu'elle avait tord ! Je crois que c'est pour ça qu'elle est partie, après, d'ailleurs, elle avait dit trop de choses méchantes et Alex ne voulait plus la voir. C'est triste, mais c'est comme ça. Alex, il est comme ça, il est sensible. Enfin... J'en avais marre que Riku s'énerve comme si elle allait pleurer, alors pendant qu'elle regardait pas, je suis parti dans la nuit et sous la pluie pour me cacher dans les falaises... J'allais lui prouver que je comptais, qu'on comptait tous les deux beaucoup pour Alex, qu'il viendrait me chercher et me sauver exactement comme il a fait il y a 7 ans, quand je suis arrivé sur Enola. J'avais promis d'être courageaux ! J'avais pas peur de la nuit, j'avais pas peur de la pluie, ni des falaises dans le noir quand Loulou, Tutur et Zak, ma Onix shiney, étaient avec moi. Et puis... Mon grand frère m'avait dit de penser fort à Irina pour me donner du courage, et c'est ce que j'ai fait. J'avais l'impression qu'elle était un peu à côté de moi. Alex disait qu'elle pouvait venir nous voir quand on était triste, alors j'ai fait comme lui. Je n'ai pas vu Irina, mais je suis sûr qu'elle n'était pas loin.

A l'époque, je savais pas que Irina était morte, mais maintenant j'ai compris ce que Papa, Maman et Alex avaient voulu dire quand ils disaient qu'elle était « plus là ». Et je comprends pourquoi Alex il pouvait être si triste, il a perdu sa sœur jumelle, quand même ! Et moi, je suis que son petit frère mais... J'ai promis que je serais un super petit frère ! Aussi bien qu'Irina était sûrement une super sœur pour lui !

Ce soir où je suis parti dans la nuit, il y avait de l'orage. Mais Alex a fini par venir me chercher alors que j'avais très froid, que j'étais caché dans une grotte des falaises, que j'avais très peur. J'avais regretté d'avoir fait ça car j'ai été malade pendant une semaine après, mais j'avais réussi a faire revenir Alex. Riku avait compris qu'elle avait fait quelque chose de mal, ce soir, et elle était partie vivre ailleurs, sans Alex et moi. Je ne l'ai plus beaucoup vu et elle a commencé à me manquer. Elle a dit un jour qu'elle ne m'en voulait pas à moi, qu'elle m'aimait beaucoup, que j'étais chouette, mais qu'elle n'était pas ma grande sœur, ni une maman pour moi, qu'elle ne voulait plus être liée comme ça à Alex. Je ne comprends toujours pas bien ce qu'elle voulait dire. D'ailleurs, je n'aime pas trop y penser, ça me met mal à l'aise.

Mais bon, tout ce qui compte, c'est que après tout ça, c'est redevenu complètement calme et chouette à la maison. Alex il souriait tout le temps, même si il travaillait beaucoup. Je sais toujours pas trop ce que c'était son travail, d'ailleurs... Enfin, même si il travaillait des fois pour le gouvernement, bah c'était juste de la communication, il paraît, des trucs du genre où il fallait parler à des gens alors... Je comprends toujours pas pourquoi il est allé en prison pour ça. D'ailleurs... je me souviens pas de quand c'est arrivé, quand il s'est fait arrêter... Mais c'est trop triste, je veux pas le savoir et Soltan n'en parle pas vraiment non plus, même quand on va le voir. Mais, je préfère pas poser de questions et juste attendre. Je sais qu'il reviendra un jour.



Acte III

Scène 8
A la fin des vacances d'été de 2017... Il s'est passé quelque chose d'horrible sur Enola. Je me suis réveillé un matin, et j'ai vu le ciel d'Amanil tout vert. Je m'en souviens bien, de ce jour... C'est le jour ou la maladie, le virus de l'Emergendémie a enlevé Alex. La terre avait tremblé et j'avais eu très peur, je m'était réfugié dans le lit de mon grand frère en tremblant, j'avais un peu envie de vomir tellement ça me terrifiait, la lumière dans le ciel, tous les nuages, les Pokémon qui feulaient, qui avaient peur, mes loutres qui tremblaient comme si c'était la fin du monde. Je me souviens que Alex était devant la fenêtre du balcon, et qu'il a regardé longtemps, très longtemps au loin. Il regardait la lumière verte qui l'a hypnotisé ce jour-là. Il a dit qu'il fallait aller chez Soltan. Soltan, c'est un ami d'Alex et Riku qui vit dans les montagnes du nord, dans une ferme près de Cayagane. Il  fait un peu peur mais il a toujours été gentil avec nous même si il ne parle plus vraiment d'Alex maintenant. Et puis il a 3 enfants trop gentils ! Enfin... Je crois que même si Alex avait été hypnotisé par la maladie verte, il a réussi avait reprendre connaissance juste assez longtemps pour m'emmener chez le fermier. C'est là que Alex a commencé à être malade.

« Alex ?! Tu vas où ?! Restes avec nous ?! »

J'avais envie de pleurer, quand il s'est dirigé en courant vers le porte pour partir à Amanil, là où toute la lumière verte avait explosé. Soltan criait, aussi, il disait que Alex n'avait pas le droit de partir, que c'était trop dangereux. Mais, c'était trop tard... Alex était déjà malade. Mais je me souviens très bien de ce qu'il a dit, après. Même malade, il a eu le temps de me faire une promesse, et je suis sûr qu'il la tiendra un jour, bientôt.

« A plus, ma loutre ! T’en fais pas, je reviens bientôt ! J’ai juste quelque affaires à régler ! »

J'ai beaucoup pleuré. Comme un vrai bébé. Alex aurait certainement pas été content de me voir pleurer comme ça, surtout qu'il avait promis de revenir, et qu'il serait vexé d'apprendre ou de croire que je lui faisais pas confiance. Car c'est pas vrai, je lui fais toujours confiance ! Je sais qu'il va revenir. Mais... Il n'est pas revenu. C'est moi qui l'ait retrouvé au château. Soltan m'a expliqué qu'il était malade à ce moment là. C'était à cause du virus vert, j'en suis certain !

Chez Soltan, on était resté à la maison. Parfois, Soltan allait aider à Cayagane, en apportant à boire et à manger de sa ferme, mais sinon, je me souviens vraiment pas. J'avais trop peur pour Alex, surtout quand on l'a trouvé atteint du virus... C'était pas Alex, ce monsieur malade... la maladie avait mangé, enlevé mon grand frère. Il a pas pu rester et il est allé se faire soigner. Je savais qu'il reviendrait ensuite, d'ailleurs, Soltan me disait de ne pas m’inquiéter pour lui. Il paraît que ça a duré des mois et des mois avant que Elixir arrive et sauve tout le monde... Je sais qu'ils ont aussi sauvé Alex ce jour-là, car il va bien. Soltan dit que ça a duré des mois, Alice aussi, car elle a dit qu'elle avait été malade longtemps, et qu'elle avait été inquiète de pas me voir pendant très longtemps. Elle aussi, Elixir l'a sauvé, tout comme pleins de gens dans sa famille ! Ça m'a rendu bizarre de savoir que c'était si long, et un peu confus, car moi, je suis sûr que ça avait duré que quelques jours seulement, cette période.

Alex n'est toujours pas revenu à la maison, mais ce n'est pas sa faute. C'est à cause du virus, et aussi par la faute du gouvernement, du Régime et de la Résistance...


Scène 9
« Eh, le petit ! »

Je suis pas petit ! Qu'est-ce qu'il me veut ce gros malabar ?! C'est que mon troisième jour d'école à Cayagane, où j'étais entré en CE2 à 9 ans avec un peu de retard à cause des cataclysmes. C'était la rentrée des classes y'a pas longtemps et les collégiens viennent déjà m'embêter alors que je leur ais rien fait ! Mais maintenant j'ai 10 ans, et je suis courageux, alors je me retourne et je les défie du regard. Je ne sais pas ce qu'ils me veulent, mais apparemment, je les fais rire. Comme ils n'ont rien à dire et continue de rire, je pense que c'est mieux de les ignorer... Je dois rentrer à la ferme, Soltan a besoin d'aide pour ranger le lait, puis il va m'emmener voir Alice qui m'a invité pour le week-end. On va certainement jouer à pleins de jeux et manger des bonbons, alors pas question que je me laisse faire par ces gros débiles ! Plus c'est grand, plus c'est bête, de toute façon, et toc !

« Eh, Nagel-Jung !! »

Là, par contre, je me sens beaucoup moins sûr de moi. Comment ils connaissent mon nom ?! Je les connais pas, moi ! J'ai un mauvais pressentiment. Ils ont vraiment des sales tronches. En plus, ils m'entourent et je recule, jusqu'à me retrouver dos à un mur de béton. J'ai promis d'être courageux, alors je ne dois pas trembler ! Mes mains se serrent contre les brettelles de mon cartable et je plisse les yeux.

« Quoi ?! »

Les gros débiles se marrent et l'un d'eux me poke le nez pour me narguer. Je me débats en secouant la tête et en repoussant sa main.

« Il est trop meugnon le petit planqué ! On dirait pas comme ça que c'est un petit fils de Régimeux, hein les gars ?! »


Là, mon sang se glace totalement. « Fils de Régimeux »... C'est comme ça qu'ils appelaient un garçon de ma classe à la fin de l'année dernière... C'était horrible ce qui lui est arrivé. Il a perdu tout ses copains et il se faisait toujours embêter. Personne ne l'aidait, et moi non plus car j'avais peur qu'en l'aidant je perde aussi mes amis.. Est-ce que c'est ma punition ? Est-ce qu'il va m'arriver la même chose, maintenant ? Et puis, de toute façon, de quoi ils parlent ?!

« Je suis pas un fils de Régimeux !! »

C'est vrai ! J'ai rien à voir avec tout ça, moi ! Les grands pourtant ne se laissent pas impressionner et ne veulent pas me laisser tranquille. Je vais être en retard, Soltan va m'attendre à la sortie...

« Ah, non ? Tu connais pas l'autre connard de Régimeux qui s'est fait juger, l'autre jour ? Pourtant, il avait le même nom de famille que toi ! »

Hein ? Quoi ? Je sens que je vais avoir une crise de panique. Mon cœur commence à s'affoler, j'ai la nausée, et je me mets à respirer plus rapidement. De qui parlent-ils ? Je sais rien de tout ça, moi.. J'aime pas les Régimeux, et les Résistants non plus, je veux pas savoir c'est quoi leurs procès, ils parlent que de ça en ce moment partout !

« Les mecs, je crois qu'il est bouché... » Dit celui qui semble être le chef. Je ne dis rien, j'ai trop peur de ce qu'ils pourraient me dire. Je ne veux pas savoir mais je suis pétrifié. « Tu connais pas Alexander Nagel-Jung, toi ?! Roh, allez, tu peux nous dire que c'est quelqu'un de ta famille, cet enculé ! »

Là, par contre, il n'y a pas que la panique, mais il y a aussi la colère qui prend le dessus, et je me mets à leur crier au visage, sans me rendre compte comme ce que je vais leur dire va me rendre la vie dure pour les deux prochains mois...

« Tais-toi ! Alex c'est mon grand frère et t'as pas le droit de dire des choses comme ça sur lui ! Tu le connais pas, d’abord !! »

Les trois malabars se regardent et explosent de rire, l'air de plus en plus mesquin. Je tremble de plus en plus.

« Bah tu sais quoi, mon père il est magistrat et il était au procès, et il a dit que ce que ton frère, c'était le pire des salauds et qu'il avait torturé des gens juste parce qu'il avait-- »

Je me bouche les oreilles le plus fort possible, alors que mes jambes se mettent à trembler beaucoup trop fort pour que je reste debout. Je sais qu'ils disent juste ça pour me rendre triste et me mettre en colère, mais ça fait trop mal d'entendre parler d'Alex comme ça. Déjà que c'est trop injuste qu'il soit allé en prison... Je me recroqueville sur moi-même, et je commence à pleurer. J'ai des hoquets, je me sens enfermé entre ces trois garçons trop grands et méchants, je commence à avoir des hoquets, le ventre qui fait trop mal, et du mal à respirer.

« Putain, mais qu'est-ce qu'il a encore ?! »


Ils se regardent, déstabilisés par la crise d'angoisse que je suis en train de faire, et qui m'a ironiquement sauvé d'eux ce jour-là. Comme la silhouette d'un adulte apparaît de l'autre côté de la cour de récréation désertée à l'heure de la sortie des classes, ils me laissent là et s'en vont en courant. Quelques minutes plus tard, on me fit m'allonger et Soltan est arrivé. Je me suis calmé et j'ai beaucoup pleuré ce soir-là, alors que j'aurais vraiment préféré aller voir Alice... Mais d'après Soltan, j'étais pas en état. C'est lui qui a appelé chez elle pour prévenir, et on s'est quand même envoyé des messages sur l'ordinateur toute la soirée, mais c'était pas pareil.

Soltan m'a annoncé le lendemain qu'on irait voir l'assistante sociale la semaine d'après, un peu plus tôt que d’habitude. On va la voir régulièrement, depuis quelques temps. Soltan m'a expliqué que c'est parce que comme Alex est en prison, il devait remplir beaucoup de papiers pour dire que c'est lui qui s'occupait de moi en attendant, et qu'on doit aussi aller chez l'assistante sociale pour voir si tout se passe bien. J'aime pas ces rendez-vous, c'est long et pénible et on me dit jamais quand est-ce que Alex reviendra à la maison et quand est-ce que je pourrais vivre avec lui à nouveau. Et je commence a trouver ça long. Même si depuis peu, je peux aller le voir toutes les deux semaines au pénitencier. Les brimades ont continué un peu, et Soltan m'a demandé plusieurs fois si je voulais prendre un autre nom de famille à cause de tout ça. Mais j'ai jamais voulu. Ce nom, il est beaucoup trop important pour moi... C'est celui d'Alex, et il serait pas content que je porte plus son nom.. pas vrai ?


Scène 10
« Lulu ! Il est 6h ! Réveilles-toi, là, on va au marché ! »

La brunette me secoue de toute sa force de gamine de 10 ans pour me réveiller. Je me réfugie sous mon oreiller alors qu'elle sort carrément la casserole et la cuillère pour faire encore plus de bruit. Ce n'est plus qu'une question de secondes avant qu'elle ne se mette à sauter sur le lit en confinant de crier. Un samedi par mois, Marilyn et moi, on accompagne Soltan ou Shizune (selon qui rester garder les jumeaux à la maison... la chance, eux, ils peuvent dormir) au marché de Cayagane, là où ils vont vendre les produits de la ferme : des fromages, des yaourts, des steaks de bœuf, du lait frais.. Bref, que des trucs vachement bon mais auxquels on a pas le droit de toucher et qui donne un peu envie de vomir... Surtout l'odeur de la viande crue de bon matin.. berk ! Enfin, voilà, un samedi par mois, on me sucre ma meilleure grasse-mat pour aller installer notre stand, et sourire aux vieux de Cayagane qui nous racontent leur vie. En vrai, j'aime bien aider, comme quand j'aime certains matins de la semaine à traite les vaches, m'enfin, bon. Iris, l’aînée des jumeaux de Soltan et Shizune, est souvent bien plus motivée que moi pour tout ça, elle n'a que 5 ans, mais elle adore la ferme et trait déjà mieux une vache que moi... ! Juste qu'elle se fatigue plus vite et qu'elle est un peu jeune pour tous ces travaux physiques.

« J'veux encore dormir, Marilyn-euh... »

Gémis-je alors qu'elle monde sur le lit et tire la couette jusqu'en bas de mes chevilles. Je me recroqueville sur moi-même, grelottant en pyjama Moustillon violet à pois à cause de l'écart de température. Encore endormi je chouine des « mais euh vazyyy euh lààà ».

« Roh, la chochotte !! Lulu est une chochotte !! »


Fanfaronne la plus jeune qui continue de crier. Là, elle termine de me réveiller et de m'irriter ! Je me redresse sans arrêter de garder mon coussin contre moi ainsi que ma peluche de Mangriff que Alex m'avait offerte.

« C'est toi la chipie ! T'es chiante là ! » Je remonte ma couverture en grognant de plus belle. « Je veux pas aller au marché, y'a que des vieilles chieuses et des bouseux ! »

C'est vrai, quoi, j'ai pas envie d'entendre Madame Pétouillat parler des ses 15 chats qui mangent pas leur pâté qui pue et se plaindre qu'on fasse pas de nourriture pour chat à notre stand, et qu'on lui rapelle de pas faire manger des produits laitiers en masse à ses félins... Enfin bon. J'ai trop la flemme et ça, m'esclave un peu le cul, comme dirait Alex. Bizarrement, Marilyn se calme puis revient à la charge, en s’accroupissait devant le lit, posant son menton sur le matelas pour me parler de plus près. J'ai peur qu'elle en profite pour me crier dans l'oreille.

« Mais on pourra manger un vrai gros petit déjeuner là-bas, avec du fromage et de la viande séchée en attendant les clients ! »

Et mince, ça me donne faim ! Quand elle est pas bruyante, elle est gentille, Marilyn, en vrai, elle a pas au mauvais fond. Mais habituellement, c'est une vraie chipie qui est tout le temps en train de crier et courir partout, et à l'école ses instituteurs ne l'aiment pas franchement, elle a tout le temps des soucis disciplinaires et ne peut pas rester assise plus d'une heure. Ça embête un peu Soltan, d'ailleurs. Enfin, voilà, maintenant, j'arrête pas de penser à ses histoires de fromage fondu et de viande fumée et séchée.

« Mmh-mh... »


Fis-je, en essayant de cacher le fait d'être en train de baver et saliver dans mon coin et surtout sur mon oreiller. Marilyn n'est pas dupe.

« Allez, Luluuuu ! »

Juste pour la forme, je continue quand même de chigner et de me plaindre en me tortillant de manière immature.

« C'est trop tôôôôt... ils peuvent pas faire le marché l'après-midi et pas le samedi matin.. ? »


J'arrête de me tortiller puis lance un regard de chien battu à la brunette à l'air mutin qui continue de me fixer avec insistance.

« Tu m'apportes le petit déjeuner au lit, diiiiis ? »


Avec mon regard de chiot, impossible de me résister ! Mais en fait, si. Marilyn me lance un tas d'habit sales dans la tronche (heureusement, c'est les miens) et recommence à me secouer.

« Nan ! Lèves toi gros cul !! »
« Eh, surveilles ton langages sinon tu vas encore te faire punir à l'école ! »


Je finis par rire aux éclats quand elle me tire la langue puis me saute dessus et commence à m'attaquer à coup de chatouilles. Il me faut finalement abandonner pour la laisser partir tandis que je vais m'habiller et faire un brin de toilette. On se retrouve une heure plus tard sur le marché, et fin prêt avec notre gros petit dej' bien complet. Même si je me plains tout le temps j'aime bien la vie de la ferme, en plus, on est en pleine nature et je peux faire des explorations quand je veux. J'ai la belle vie, oui. C'est juste dommage que je n'ai plus Alex pour en profiter avec moi comme il me faisait découvrir Enola auparavant.

Scène 11
« Tout se passe bien, en ce moment ? »

J'aime pas les rendez-vous chez l'assistante sociale. Elle est pas méchante, cette dame, mais c'est juste pénible ces rendez-vous. Tout ça pour voir si Soltan s'occupe bien de moi et qu'il y a pas de problèmes ! A chaque fois je leur dis que tout va bien, mais il faut qu'on y revienne ! En plus, c'est toujours les mêmes questions. Bon, au moins, on y va plus aussi souvent qu'avant, mais ça reste saoulant.. Je pourrais aller voir Alex plutôt que m'emmerder avec leurs rendez-vous de routine. Mais bon, Soltan y tient, pour qu'on soit réglos, qu'on fasse ça jusqu'au bout. Avec Alex on avait pas à faire tout ça, d'abbord ! Et je sais pourquoi ! Parce que avec lui j'étais hyper heureux comme jamais et... Bon, je suis très bien chez Soltan, hein, ils sont gentil avec moi même si mon tuteur et Shizune peuvent être relous, puis j'adore leurs enfants. Mais c'est juste que... il n'y a pas Alex. Je pianote sur mon portable en prononçant un « hm-hm » distrait, franchement pas motivé. Qu'est-ce qu'ils veulent savoir de plus, j'ai des raisons de changer ou de plus m'entendre comme par hasard avec ceux qui m'hébergent ?! Je planifie pas de faire des fugues non plus... Soltan soupire et me tapote l'épaule.

« Eh, ranges ton portable et mets-y un peu du tien, là. »

Ouaiiis, ouais, je sais....

« C'est bon j'verifiais juste un truc... »
« Dépêches toi. Madame Sheen attend. »


Je soupire en espérant avoir l'air intimidant à côté d'un fermier qui mesure quasiment deux mètres et range finalement mon portable dans ma poche. Soltan continue de me fixer et je comprends de par son regard un peu accusateur ce qu'il me reste à faire.

« Hmm... pardon m'dame. »


Elle accepte mes excuses avant de continuer.

« Alors, Ludwig, tout va bien en ce moment à la ferme ? »
« Baaaah... Oui... J'sais pas quoi vous dire, y'a pas d'raison que ça aille mal. »


Elle hoche la tête et remplit ses papiers je sais déjà qu'elle va surtout causer à Soltan pour la suite. Mon regard passe pour me distraire sur les posters et les affiches du bureau qui, bien heureusement, changent régulièrement. Alors que les deux adultes causent, une question me taraude. En fait, c'est une interrogation qui me torture depuis un bout de temps.

« Dites... Pourquoi je pourrais pas aller voir Alex plus souvent ? »

Les deux adultes échangent un regard et Soltan va encore se répéter.

« Tu sais que ça dépend pas que de nous. »
« Mouais mais bon, Alex il s'ennuie aussi, en prison alors il a du temps... »


Je sens Soltan se tendre. Ce n'est pas souvent que je le vois nerveux, d’habitude il lui en fait vraiment beaucoup... Enfin, il a toujours l'air vachement à fleur de peau dès qu'on parle d'Alex. Surtout quand c'est moi qui en parle, étrangement. J'ai l'impression qu'ils ne s'entendent plus depuis qu'on va le voir au pénitencier, la plupart du temps ils ne s'adressent pas la parole mais Soltan veut toujours rester pour surveiller mes conversations avec mon grand frère.

« Écoutes, Ludwig, la prison c'est comme ça. On le voit toutes les deux semaines, c'est déjà largement suffisant. »

Là, par contre, je fronce les sourcils et je m'énerve.

« Qu'est-ce que t'en sais ?! Moi il me manque ! »

Après moi, c'est lui qui hausse le ton, tout en s'excusant à Madame Sheen.

« Écoutes, c'est pas du tout le moment de parler de ça ! On en reparlera à la maison au calme. »

Son regard ne me rassure pas, alors je décide de me taire, non pas sans sentir une grande peine m'envahir. Si Soltan veut mon bien pourquoi il est toujours aussi rigide quand ça concerne Alex ! Il nous a rien fait Alex ! Le reste de la séance se passe et on sort pour monter dans le pick-up de mon tuteur pour rentrer. J'ai ressorti mon portable et je ne décoche plus un mot de tout le trajet. Soltan comprend que je fais la tronche sans trop de mal.

« J'aurais besoin de ton aide pour sortir les vaches tout à l'heure. »

Ses vaches, ses vaches... Toujours ses vaches ! J'hausse les épaules, faisant mine de ne pas être agacé. Mais bon, il faut que je lui demande quand même.

« Pourquoi tu veux pas me laisser voir Alex ?! »

Mon ton est plus agressif que ce à quoi je m'attendais. Je crois que ça irrite le fermier, mais il ne devient pas sévère pour autant. Normalement, c'est vrai, je suis gentil et poli. Mais quand ça concerne mon grand frère, je sais pas... j'arrive juste pas à me contrôler. Je veux juste que les gens, Soltan compris, arrêtent d'être aussi suspicieux et médisants à son sujet ! Ça me fait trop mal, à moi.

« C'est pas ça. »
« Bah c'est quoi alors ?! »
Il va pas s'échapper comme ça ! Ah non !! « Pourquoi vous vous entendez plus ?! Sérieux, c'est pas parce que tu lui fais la gueule pour des histoires que j'comprends pas que... Puis pourquoi tu l'aimes pu, d'abbord ?! Avant tu t'occupais de nous deux et c'était bien ! »

Je croise les bras sur mon torse, mécontent. L'autre ne répond pas, il ne sait pas quoi dire, je crois, c'est pas trop son truc ce genre de conversations. D'ailleurs, ça le fait soupirer.

« C'est ta faute si Alex il est parti en fait... »


Je ne le pense pas. Mais je comprends pas. Je me souviens mal de cette période, je comprends pas pourquoi il a promis de revenir et qu'il est jamais revenu, pourquoi Soltan, pourquoi personne n'est allé le chercher. Et pourquoi il a été en prison. Toutes ces questions, je pourrais les poser. Mais elles sont bloquées, elles ne veulent pas sortir. Et moi je veux pas qu'elles sortent. Mais... Si c'était pour ça que Soltan me disait rien.. ? Je comprend pas... Je veux pas qu'on me mente encore. Si Soltan n'est pas un menteur, alors... C'est qui le menteur, dans cette histoire ?

« Tu sais bien que c'est pas ça. »
« Mais... Dis moi c'est qu-... »


Je marque une pause. Je me retiens, je ne suis pas sûr que je veux savoir. Je n'ai jamais osé poser mes questions et ce n'est pas ce soir que je le ferais.

« Écoutes. Tu as raison. Ce n'est pas parce que je m'entends mal avec lui que tu ne devrais pas le voir. »

On arrive à la ferme. Soltan arrête la voiture et hésite avant de sortir.

« Mais c'est pas bon pour toi de le voir comme ça. »


Je sais pas si c'est pas bon mais... C'est clair que le voir en prison ça me choque plus que ce que je veux l'assurer à tout le monde. C'est juste... bizarre. Et ça me rend confus. Mais je sais pas si j'ai envie de comprendre tout ça. Sinon, j'ai peur. J'ai peur de plus pouvoir voir le sourire d'Alex, de plus le voir pareil.

« C'est important que tu aies le temps de te reposer entre chaque entrevue avec lui et, tu le sais mais... » Oui, je sais. Je sais ce qu'il va me dire. Il me l'a déjà dit pleins de fois. « Alex ne va pas sortir de prison avant très longtemps. Tu le sais, hein ? »

Je me mords l'intérieur des joues et baisse les yeux vers mes pieds. J'ai envie de pleurer mais je dois résister. Je dois être courageux.

« Un jour il faudra que tu voies quelqu'un pour parler de tout ça. Quand tu seras prêt. En attendant, je peux-- »
« J'ai pas besoin de voir un psy !! Et j'ai pas envie qu'on parle de ça, c'est trop relou et bizarre ! »


Parce que déjà, c'est la honte. Et en plus,  je suis pas fou, je vais très bien, et... Roh, mais il m'énerve, là ! Il me met mal à l'aise et j'ai plus envie de parler de tout ça ! Enfin, c'est toujours pareil. Soltan m'a plusieurs fois proposé de répondre à mes questions, ou essayé de me parler du passé. Mais on arrive jamais à en parler. Je sais déjà tout ce qui s'est passé, alors à quoi ça sert de s'éterniser ? Je descend de la voiture en premier, mettant fin à la conversation pour me diriger vers la grange et faire mon boulot du soir qui me semble soudain très motivant. Et puis, je dois aussi aller faire mes devoirs et aller causer du prochain stream d'Alice vite fait au cas où on le ferait ensemble, aller voir ce que mes potes ont posté sur les réseaux sociaux et leur envoyer des commentaires et des snap... C'est clair, elle est géniale ma vie ! Alors pourquoi je risquerais de la changer avec des angoisses qui pourraient faire super mal comme avant... ?
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Victini
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MessageSujet: Re: La vie est un songe    Mar 13 Fév - 8:55

Je t'ai tout dit par Skype, du coup tu es validée ^^ Tu connais le chemin, je te laisse créer ton Sac mais je te réserve ton avatar et tout le tralala! Bon jeu!

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Regigigas
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MessageSujet: Re: La vie est un songe    Mar 13 Fév - 14:21

Le membre 'Victini' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


'Dé shiney' :
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MessageSujet: Re: La vie est un songe    

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La vie est un songe

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