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 Secrets de Cuisine (et de Famille) II [OS]

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Alice C. Donovan
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MessageSujet: Secrets de Cuisine (et de Famille) II [OS]   Mer 21 Fév - 2:48



Secrets de cuisine (et de famille) II
Ou quand on devrait éviter de faire la kéké
« Quand ton père est parti les faire, il avait dix-huit ans. »

Je ravale ma salive. Je me doutais bien que quelque chose la dérangeait, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle ait l'air aussi sérieuse. En fait, elle ne l'est jamais. C'est bien ça qui me dérange, et qui me fait éviter son regard alors que nous marchons dans les couloirs entourant le jardin. Elle est très calme, très mesurée, dans sa façon de faire, dans chacun de ses pas, même. Des fois, elle me rappelle un peu tonton Clive. Moi, je joue nerveusement avec mes doigts, ne pouvant plus me raccrocher à la présence de Tektiv.
Dans les faits, je sais bien que à mon âge, bah... C'est pas très malin, de faire la Compétition. J'arrive à peine à avoir des notes correctes, surtout vu que je ne suis pas très motivée, et je manque encore énormément d'expérience. Ce n'est pas parce que je suis une fille de conseiller que j'ai des super-pouvoirs ou que je suis un prodige né, faut arrêter la connerie. Et même si je râlais sur Papa de ne pas me laisser capturer plus de pokémon avant maintenant, dans les faits... Eh bien ça aurait été carrément irresponsable. On ne laissera pas un chien avec un bébé, donc on ne laisse pas une enfant seule avec un pokémon. Logique, me direz-vous. Une logique que j'ai longtemps réprouvé, et que je réprouve encore quand elle s'oppose à mes caprices. Pourtant, je vois bien au visage de Mamie que je ne vais pas pouvoir esquiver la question très longtemps devant elle.
Je ne sais pas quoi dire, néanmoins, alors je garde le silence.

« Du jour au lendemain, il m'a dit qu'il abandonnait tout pour se lancer là-dedans. Je ne sais pas trop ce qui lui était passé par la tête à ce moment-là. »

Je me crispe un peu. Je sais que papa a fait des choses... Discutables. Il ne m'a jamais caché avoir fait des mauvais choix dans sa vie, du moins dès que je fus en âge de l'entendre. J'ai toujours un peu de mal à l'entendre, à vrai dire. Même si je me moque de lui parfois, il ne m'a pas l'air du jeune homme irresponsable et instable dont j'ai entendu parler, d'autant plus qu'il m'arrive encore de me vexer quand j'entends du mal de lui. Mais je sais qu'il n'a pas fait la compétition pour de bonnes raisons lui non plus. Un peu.... Un peu comme moi. Je ravale ma salive, et laisse Mamie parler.

« Je sais pourtant qu'il le faisait pour compenser quelque chose. Comme Clive, il fut un temps. »

Je baisserais la tête si je le pouvais. Je ne peux pas dire que je sois bien mieux, ou particulièrement différente. Je n'ai pas encore cette arrogance, et je je joue nerveusement avec mes doigts. Les couloirs me semblent plus longs à parcourir, étrangement. Je ne sais pas vraiment si j'aime la comparaison avec papa et tonton Clive, à vrai dire. Elle qui ne parle pas beaucoup de ce dernier, je m'étonne d'ailleurs qu'elle aborde le sujet, puisque, eh bien... En fait, je ne lui ai jamais vraiment posé de questions, alors je ne sais pas si il s'agit d'un interdit ou non. J'ai juste fait des suppositions, un peu comme d'habitude. Bon sang, que je me sens idiote... Embêtée, j'ose relever un peu la tête pour prendre la parole, malgré mon hésitation.

« Mamie, je-
- Je ne pense pas que tout cela soit de ton âge, Alice. Tu es jeune encore, très jeune. »

Elle me prend de court. Je me crispe, incapable de soutenir ses yeux, et ravale ma salive. Elle... Elle a raison. Ça m'arrache la bouche de l'avouer, mais c'est un fait. Mes joues prennent des couleurs, mais c'est davantage par le fait de la honte qu'autre chose. J'ai arrêté de chercher à décoder son expression, néanmoins. J'ai l'impression d'avoir entendu une sentence, un jugement dont je n'arrive pas à réfuter les tenants. Je ne remarque même pas que nous sommes en train de faire le tour, et relève les épaules comme si elle m'avait saisi en train de faire une bêtise.

« Tu es assez grande pour savoir le niveau des gens que tu penses à affronter, ou pour réfléchir aux conséquences que peuvent amener ta participation. Je veux juste être sûre que... Tu réalises ce que tu veux faire, et pourquoi tu veux le faire.
- Je... »

J'aimerais bien avoir une répartie. Faire autant la maligne que lorsque je piaillais avec arrogance devant Dany qu'il n'y avait pas de raison que j'ai de soucis. Mais ça, c'était un joli mensonge. Une belle façon de me rassurer, parce que je savais bien que, légitimement, je n'avais aucune raison. Pas même celles plus « nobles » de tonton Clive. Je ne peux pas mentir à Mamie en lui disant que je maîtrise tout, que j'ai conscience de tout ce que je fais. Ça me fait peur, des fois, quand je réalise que je ne me comprends pas tout le temps. Que je ne saisis pas forcément pourquoi je réagis mal, pourquoi certaines paroles ou actions me mettent aussi mal à l'aise. Je ne parviens pas non plus tout le temps à donner du sens à mes décisions, que j'en viens parfois à regretter après coup. Je n'aime pas trop la notion de crise d'adolescence : ça m'a l'air d'un mot-valise, qu'on jette au visage des gens de mon âge pour les laisser seuls avec leurs problèmes. Mais... J'avoue, avec amertume, que j'en viendrais presque à croire ceux qui me disent que je suis en plein dedans, des fois. J'ai la sensation, pourtant, que tout n'est pas juste une crise. Que ce n'est juste un caprice de gamine gâtée. Mais de là à formuler mes propos, ou même exprimer clairement le nœud qui m'alourdit la poitrine depuis des semaines... C'est bien plus compliqué.
Quelques secondes passent. J'ouvre la bouche, une première fois, sans que rien ne sorte. Une seconde fois, et une syllabe meurt sur le bout de ma langue. C'est la troisième tentative qui se révèle plus fructueuse. Entre temps, mon regard s'est fixé sur un point invisible dans l'air, et ma voix, sans que je ne comprenne comment exactement, s'est raffermie.

« Je sais pas, Mamie. »

Ça, en revanche, c'est sincère. Bien loin des bêtises que je répète à Morgane en paradant comme un coq. Je ne relève pas les yeux, mais continue de parler.

« J'sais même pas si je vais le faire, au final. »

Je ne sais pas si j'aurais le cran de me poser devant une arène, en réalité, et c'est quelque chose qui me coûte en terme de fierté, bien plus que je ne l'aurais cru. Mais... Étrangement, je ne me sens pas anxieuse en le disant. C'est bien plus naturel que mes justifications bredouillantes.

« Pardon, je dois avoir l'air d'une grosse andouille, je fais des caprices pour que papa dise oui, et... »

Je soupire, exaspérée par moi-même. Ouais, en vrai, je devrais juste me cacher et fermer ma bouche, au lieu de me plaindre et de me victimiser comme une gamine de cinq ans. Je hausse les épaules, légèrement mal à l'aise, comme pour tenter de me débarrasser de cette foutue difficulté.
Mais Mamie sourit, l'air de rien, et me rapproche d'elle. Je suis surprise par ce mouvement, mais... Son expression est... Douce. Calme. Sans le moindre jugement. Je n'y vois pas de trace d’agressivité, ou d'une hypocrisie quelconque. Elle a l'air un peu amusée, et même si j'ai du mal à suivre, je suppose que c'est une bonne chose... ?

« Que tu t'en rendes compte et l'admettes, c'est déjà bien plus mature que tu ne le penses, Alice. Si tu m'avais dit le contraire, je me serais inquiétée. Tant que tu te poses des questions, je peux avoir l'esprit tranquille. »

Ah. Euhm. D'accord, pourquoi pas. J'ai du mal à comprendre le pourquoi et le comment, mais... Je veux bien m'accrocher à ça pour le moment, car c'est un peu plus rassurant, je vous l'avoue, aussi lâche que ce soit. Je sais que Mamie n'aime pas la compétition, comme beaucoup d'autres. Même les matchs, elle n'a pas l'air de les apprécier beaucoup, car elle jette toujours un regard mauvais à ces derniers quand ils passent à la télé. Mais là, avec moi, je sens qu'elle est honnête, et ne veut rien de mal. C'est pour cela que je l'écoute, et que je me permets de me dire qu'elle a peut-être raison, en somme. Ca n'a peut-être pas honteux, de douter, ou de ne pas pouvoir toujours se justifier quant à ce que l'on fait. L'important, je suppose, est d'y réfléchir un peu, pour garder du recul, c'est ça ?
Mais voilà qu'elle saisit ma main pour me pousser à la suivre, un sourire quelque peu mystérieux au visage. On dirait qu'elle veut faire quelque chose, mais je ne saurais pas dire quoi.

« Viens avec moi. Excuse-moi, si je t'ai fait peur.
- C-c'est rien. »

Je ne pourrais jamais vraiment lui en vouloir de toute façon, je crois. Je suis plus ou moins condamnée à accepter tout quand cela vient d'elle, même si c'est grotesque. Notre balade continue, mais elle me semble moins lourde, moins désagréable, et je me surprends même à respirer un peu mieux. Cette fois, toutefois, pas d'énième tour de la maison, bien que, étant d'un coup occupée à remarquer chaque détail présent sur les murs, je ne suis plus inquiétée par le sujet de notre conversation. Nous nous arrêtons toutefois dans une des pièces privées, et je fais quelques pas de plus qu'elle lorsqu'elle se dirige vers les meubles du fond, pour je ne sais quelle raison. Pourtant, Mamie reprend la parole sans vraiment faire attention à son ton, plutôt léger.

« Comme je ne t'ai rien offert pour Noël, je voulais te trouver quelque chose. Tu as capturé un Evoli, récemment, c'est ça ? »

Je ne comprends pas tout de suite où elle veut en venir, mais c'est lorsque nous rapprochons d'une étagère, dont elle ouvre l'un des tiroirs d'un coup sec, que je comprends. J'entrevois les contours d'une très belle Pierre Foudre : sa simple vision me fait ouvrir de grands yeux attentifs. Je peine à croire ce que je devine. Mais elle se rapproche, tenant précautionneusement l'objet avant de le poser dans le creux de ma main, comme si de rien n'était. Comme si je n'en rêvais pas depuis un moment déjà, de cette Pierre. Le choc me vole mes paroles pendant quelques secondes, mais mon rythme cardiaque s'accélère, et, légèrement animée de tics, je m'empresse de lui demander confirmation. Arceus, faites que je n'ai pas mal compris !

« Mamie, tu es sûre que je peux ? Je veux dire je suis pas très intelligente e-et je fais des trucs pas très malins et puis-
- Et tu feras une très bonne dresseuse de Voltali. »

Je m'arrête, les joues rougissantes devant cette flatterie qui me réchauffe un peu trop le corps. Je ne m'attendais pas à ça, et la répartie me manque. Pourtant, au fond de moi, je meure d'envie de voir Prompto adopter cette forme-là. Ce qui me retient est une... Certaine forme de respect quant à ma grand-mère, et aussi une difficulté à croire ce que j'aime pourtant toujours entendre. Ce n'est pas pour pêcher les compliments, que j'ai insisté au départ pour avoir sa confirmation. Mais dans les faits, je la laisse parler, ne souhaitant que trop entendre ce qu'elle pense.
Elle pose sur moi un regard bienveillant en me caressant doucement la tête. Et c'est con, mais je trouve qu'elle a cette odeur un peu rassurante, que je ne saurais définir exactement, mais qui me tire toujours une sensation agréable dans la poitrine, même lorsque je suis un peu intimidée par sa gentillesse.

« Je ne serais pas toujours d'accord avec ce que tu fais, Alice. Et ton père non plus, mais... Je te fais confiance. Nous ne sommes pas là pour te miner ou te rabaisser, tu sais. Nous voulons juste... Ce qu'il y a de mieux pour toi. »

J'exhale nerveusement, le regard ailleurs, mais hoche lentement de la tête. Je... J'ai du mal à digérer ça, toutefois. Je crois que ça ne passera pas aussi simplement, mais au moins, je vois qu'elle est sincère. Entre elle et papa, toutefois, la différence est majeure, mais je ne me permets pas de le faire remarquer. Quoi que j'en dise, quoi que j'en pense, tout cela est... Tout cela doit en partie être vrai. Et j'ai quelques efforts à faire pour y croire, je crois.
Je prends donc timidement la Pierre Foudre qu'elle me donne, et lui offre une tentative de sourire. C'est mal fait, et probablement gênant sur les bords, mais c'est déjà ça. Même ma voix tente d'être un peu enthousiaste.

« J'veux bien que tu m'apprennes un peu, Mamie. Tu voudrais bien me parler de tonton Clive et de papa ? De papy, aussi ?
- Autant que tu le voudras. »

Elle sourit tranquillement pendant que je décroche avec hâte la pokéball de celui que je veux absolument voir maintenant. La silhouette du pokémon se dessine devant moi, et je gesticule un peu bêtement, ne sachant pas comment dire ça.

« Donc, euh, Prompto, tu veux... ? »

L'Evoli ne me laisse pas le moindre temps pour expliquer la situation. Pressé, comme d'habitude, l'évolition saute sur la pierre évolutive, un grand sourire au visage. En même temps, si je suis surprise, ce n'est pas si étonnant quand on pense au fait que je lui faisais miroiter la possibilité de cette évolution depuis un temps déjà, et que je comptais mon argent de poche pour pouvoir me le permettre. Je me permets donc de céder à sa joie, surtout quand je vois la vitesse avec laquelle Prompto se transforme en un Voltali plus grand, plus vif, au corps entièrement changé. Emerveillée, j'ouvre de grands yeux et me jette au cou du mâle.

« T'es super ! Sérieux Mamie, c'est trop cool et je-
- Oooh non, le nikujaga ! »

Voilà que ma grand-mère s'enfuit vers la cuisine, un air paniqué sur son visage qui a depuis longtemps perdu tout sérieux. Je grimace un peu, embarrassée d'avoir causé tout cela, mais bon... J'ai un Voltali, et un Gravalanch, alors je ne vais pas me plaindre. Pour tout vous dire, il avait un goût charbonné, sec, et relativement brûlant. Mais même ainsi, même avec cet arrière-goût d'oignons noircis au fond de la gorge, je l'ai dévoré avec un enthousiasme tout aussi grand. Le regard satisfait de Mamie, encore une fois, valait bien ça.
20 FÉVRIER 2023 (MATIN)Évolution de Prompto, ft Kagami Donovan

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DC de Xerneas, Faust M. Donovan, Natsume Miyano, Livie A. Vulpino & Roxanne Novak
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