Quoi de neuf sur l'île d'Enola ?

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Des conflits s'engagent entre les Monarchistes et les Anarchistes.
Event n°2 : Le festival de Cayagane
Le festival de Cayagane est victime d'un incendie criminel.
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Sarah's Eyes |OS| Zzz5


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Sarah's Eyes |OS|


feat. Leonard
Sarah's Eyes

J’ignore pourquoi elle a insisté. Autant je veux dire. Voilà que Anula se dessine dans un horizon incertain, ville pittoresque et touristique qui devrait pourtant m’inspirer confiance. Je tripote nerveusement la balle de Tetrox à ma ceinture, jetant régulièrement des regards à la conductrice dont le regard s’est rivé avec prudence sur la route, concentrée à sa tâche. J’aimerais la questionner au sujet de cette destination, annoncée quelques jours plus tôt. Depuis, j’ai épuisé toutes mes excuses pour ne pas l’accompagner, honteuse de cette crainte égoïste qui me retient. Mercedes s’est montrée patiente, décidée. Je l’ai vue débattre en se sachant vainqueur d’avance. J’ai mordu à l’opportunité de me rendre utile, de la convaincre de ma bonne vertu, de mes intentions louables. Puis j’ai douté de parvenir à faire ce qu’elle m’a demandé, d’être confrontée à une part de son passé que je refuse souvent de voir, de faire face à une réalité que je n’ai jamais véritablement comprise. Je scrute les rues d’Anula qui défilent devant nous, comme attentive à un brusque changement, à un indicatif qui viendrait confirmer mes vaines craintes. Pourtant le soleil s’accroche toujours derrière ses nuages, et le centre se dessine à notre droite. Plutôt que l’édifice gris caché derrière un lourd grillage d’où se pendent de sombres oiseaux à l’œil torve auquel je pouvais m’attendre, c’est plutôt une large et vieille maison qui nous accueille. Entourée d’une grande haie et de tranquilles jardins, elle inspire la paix et le recueillement. En stationnant sa voiture à quelques pas de la porte, Mercy soupire profondément, venant briser le silence dans lequel nous avons baigné jusqu’à présent. Elle me semble calme.

«Tu n’as pas à avoir peur tu sais. C’est grâce à ce centre si je vis à l’extérieur maintenant. Si j’ai pu faire la paix, en quelque sorte. Les femmes qui résident ici ne vont pas te mordre. Elles avaient juste besoin de repos.»

Mercedes observe le centre pour femmes aux prises avec différentes problématiques de santé mentale. Je suis son regard, incertaine quant à l’attitude à adopter. J’avais pour une idée une sorte d’hôpital immaculé aux pièces capitonnées et aux patientes confinées aux camisoles de force et profondément médicamentées. Je constate mon erreur, ce qui augmente mon incertitude. Deux femmes lisent côte à côte sur un banc suspendu sous la terrasse de la maison. Une autre se promène aux jardins en fredonnant. Elles me semblent parfaitement… normales. Pas de salivation excessive. Pas de regards fous. Pas de tentative de meurtre.

«C’est… beau ici en fait.»

Un sourire amusé passe sur les lèvres de Mercedes. Elle me touche l’épaule et je sursaute, toujours sur mes gardes dans cet environnement nouveau, dans ce monde où je n’ose pas trop m’aventurer même maintenant.

«C’est pour cette raison que je t’ai invitée à visiter. Viens, je vais te présenter certaines de mes amies du temps de mon passage ici.»

«Tu… tu es certaine que je devrais t’accompagner? Je ne saurais pas quoi dire. Je risque d’empirer les choses non?»

«Bien sûr que non. Elles seront ravies de voir un nouveau visage.»


À contre-cœur, je la suis hors de l’habitacle, scrutant avec prudence les deux femmes assises sur le banc à l’avant de la maison. L’une d’entre elles interrompt sa lecture pour nous observer tandis que nous progressons en direction de la porte. Promptement, elle pose son livre et se lève, dévoilant les traits d’une femme vers la fin de la trentaine au visage très doux. D’un pas léger, elle se dirige vers Mercedes qui s’exclame de joie en la voyant, la prenant avec énergie dans ses bras.

«Sarah! Je suis tellement contente de te voir! Tu as l’air bien!»

«Et toi donc. Tu sais, je suis tous tes matchs à la télévision? Tu as vraiment trouvé ta voie.»


Elles s’enlacent à nouveau. Mercy garde un bras sur elle comme pour s’assurer que son amie ne disparaîtra pas. Comme s’il s’agissait d’une chose fragile. Et une béquille tout à la fois.

«Je te présente Marilou, c’est ma cousine toute fraîchement arrivée depuis le Canada. Elle va vivre chez moi pendant ses études.»

Je souris, heureuse que l’attention se pose enfin sur moi. Sarah sourit tellement en prenant la main que je lui tends. Pourquoi est-elle ici? Mon regard passe ostensiblement entre l’une et l’autre des jeunes femmes sans savoir comment réagir devant leur grande complicité, la tendresse de leurs gestes, l’assurance de leurs sourires. Comme si elles avaient traversé les pires tourments toutes les deux. Je les jalouse en cet instant, de ce qui s’est tissé entre elles je le devine dans l’adversité. Sauf que j’ignore ce qu’elles ont bien pu affronter toutes les deux. Je ne parviens pas même à me l’imaginer.

«Enchantée, Marilou, je suis Sarah.»

Je souris aussi, charmée par sa chaleur et sa sincérité. Nous échangeons quelques mots avant de nous diriger tout naturellement vers la maison dans laquelle nous entrons. Là encore, j’ai quelques hésitations, pénétrant dans le hall d’entrée avec mes réserves tambourinant ma poitrine. L’air sent le café qu’on vient de servir, pas l’odeur pestilentielle de la maladie à laquelle je pouvais m’attendre. Des gens passent près de nous et j’ai du mal à savoir qui d’entre eux sont employés, quels d’entre eux sont les aidés. Pendant quelques instants, je suis renversée par ce monde qui ne correspond à aucune de mes attentes. Ici, je ne perçois qu’un léger malaise qui m’indique que je me trouve dans un centre spécialisé en santé mentale. Autrement, je ne me bute qu’à une placide normalité. Les patientes et les employés déambulent ensemble, égaux, habillés non pas de jaquettes et d’uniformes mais des habits de tous les jours.

«T’as presque l’air déçue, Marilou.»

Bien entendu, Mercedes surveille mes réactions depuis notre entrée dans la maison. Je fais mine de l’ignorer, marchant quelques pas au-devant pour observer les deux pièces adjacentes, de part et d’autre du vestibule menu d’un grand escalier en bois qui mène au deuxième. D’un côté, j’y vois un petit salon doublé d’une pièce munie d’une table où on a abandonné plusieurs jeux de société. De l’autre une salle à manger où quelques femmes échangent effectivement un café. Dans mon exploration, je surprends quelques conversations à voix basse entre Mercy et son amie. Ma cousine s’enquiert de la santé de Sarah, sur son sommeil, sur son ressenti. Je surprends, un instant, un de ces regards de la part de Sarah. Ce même abysse, ce même ciel pluvieux au creux d’elle. Cette même chose qui dévore la rose, même si j’ai parfois du mal à la percevoir, même si je m’obstine parfois à ne pas la voir. Tout comme Mercedes, la patiente du centre semble avoir un talent particulier pour dissimuler cette part d’elle. Sauf qu’il est trop tard. J’ai vu à quel point elle est fatiguée.

Je sursaute tandis qu’un homme entre précipitamment dans le hall. À la manière dont il s’adresse à ma cousine, je devine sans mal qu’il s’agit d’un des professionnels ici. Il demande son aide à Mercy à un certain sujet et celle-ci accepte de le suivre, me laissant seule en compagnie de Sarah. Je me dandine d’un pied à l’autre. Je n’ai pas l’habitude d’être si timide, mais après avoir vu cet éclat étrange dans le regard de la patiente, j’ai la certitude que je dirai ce qu’il ne faut pas. Heureusement, mon malaise ne semble pas l’atteindre. Elle sourit à nouveau avant de m’inviter à une petite visite des lieux. N’ayant pas le cœur de refuser et de retourner à la voiture comme il m’en fait envie, j’accepte en l’accompagnant avec prudence. En sa compagnie, je découvre les lieux. Elle me montre les cuisines où employés et habitantes du centre se partagent la tâche des repas et du ménage, le solarium de l’autre côté de la maison, un petit boudoir ainsi que quelques pièces aux portes closes, les bureaux des professionnels. Nous montons à l’étage où il y a les chambres. Elle me montre celle qu’a occupée Mercy de son époque ainsi que la sienne. Plusieurs femmes s’arrêtent pour nous parler lors de notre passage. Je découvre Mireille, Amanda, Bindu et Cam. Elles posent énormément de questions. Bindu tremble en prenant ma main et même ensuite, Mireille parle très lentement. Mais je ne remarque rien. Rien chez elles pour confirmer mes malaises. Je quitte la maison vers les jardins bredouille.

«C’est tellement… différent de tout ce que j’imaginais.»

«Qu’est-ce que tu t’imaginais? Des infirmiers en blouses blanches? Des gens qui crient à longueur de journée?»

«… Un peu je t’avoue…»


Et maintenant que j’ai vu, je ne suis pas fière. Je lève un nouveau regard vers la maison, encore abasourdie par la présence de ces femmes désireuses d’un peu du monde extérieur, celui où je peux vivre librement et pas elles. Je me demande si elles sont forcées, ou si comme Mercedes elles ont fait le choix de suivre cette thérapie particulière à l’abri des regards, dans un lieu que j’aurais effectivement choisi pour mieux me sentir.

«Tu sais, ce n’est pas toujours beau. Il y a des jours, des semaines même où je ne peux pas sortir de ma chambre. Que c’est trop difficile. Que de poser un pied hors du lit est une tâche intolérable. J’ai juste… besoin de calme. Les gens s’imaginent en venant ici qu’ils y trouveront des fous, ils découvrent que nous sommes simplement des personnes. Des personnes qui ont besoin d’un petit coup de pouce.»

Je reste silencieuse, encore plus honteuse de mes réserves qui, quelque part, subsistent.

«C’est un peu comme à l’hôpital. Il y a une aile avec des gens blessés, un bras ou une jambe cassée, ce genre de choses. Nous sommes un peu comme ça. On a juste besoin d’un endroit pour guérir.»

«Je comprends.»


J’ai baissé les yeux, manipulant toujours la balle d’un de mes alliés à ma ceinture. J’ai espoir de faire taire la gêne que je ressens devant à la fois mon comportement, et ces étranges blessures invisibles que mon interlocutrice évoque. J’ai déjà vu des gens souffrir et pleurer, j’ai connu un cousin lointain s’étant suicidé. Mais ce qu’elle évoque me semble tellement irréel, lointain. J’ai du mal à concevoir comment on y parvient. Et comment, une fois qu’on y est, qu’on en sort. Puis il y a ce questionnement aussi qui m’étourdit un peu tandis que nous prenons place autour d’une petite table extérieure. Qu’a donc vécu Mercedes pour se trouver ici? Qu’a-t-elle ressenti? Le ressent-elle encore? Je frémis en me demandant si elle pouvait chuter à nouveau, si elle pouvait se casser quelque chose qui a été déjà fragilisé par le passé. Cette idée me terrorise. Je ne pourrais jamais l’aider. Sarah doit percevoir mon malaise car elle change de sujet.

«Tu es une dresseuse pas vrai?»

Elle a dû surprendre mon tic nerveux sur les balles à ma ceinture.

«Oui, tout à fait. J’ai une belle équipe qui grandit bien, j’espère pouvoir affronter mon premier Champion bientôt.»

«Oh tu fais donc partie de la Compétition?»

«Ouais! J’aimerais faire comme Mercy et gagner le truc. Même si je doute que ça se concrétise cette année. Je dois quand même étudier si je veux que cette bourse qui m’a permis de faire mes études ici soit reconduite l’an prochain.»


Sarah sourit.

«Tu as l’air décidée dans tes projets. C’est beau à voir. Profite bien.»

Encore une fois, je le sens le malaise s’installer en moi. Depuis combien de temps s’est-elle coupée du reste du monde, dans ce centre qui lui permet de guérir? Je suis surprise en la voyant se lever soudainement, comme si une idée venait de lui traverser l’esprit.

«Hum… Viens avec moi, j’ai quelque chose à te montrer.»

Je lui emboîte le pas, perplexe mais curieuse, tandis que nous traversons les jardins. Je remarque alors que le terrain de la propriété s’étend bien plus que je ne l’aurais cru. Un sentier nous mène au cœur d’un petit bois où une fontaine nous attend. Je remarque aussitôt le Pokémon dans ses eaux, un Barpau!

«Oh! Chouette Barpau! C’est le vôtre?»

«Oui. Enfin… On peut dire ça. C’est un cadeau de mon mari, il a éclot de l’œuf ce matin-même.»


Ce Barpau est atrocement mignon. Je comprends désormais pourquoi, c’est encore un bébé. Je vais au pied de la fontaine, aventurant mes doigts dans l’eau pour faire connaissance avec lui. Le poisson se mêle sans mal à mes jeux à la surface de l’eau, se joignant à moi en se tortillant adorablement dans la fontaine. Sarah nous surveille, un drôle de sourire au visage.

«Je voulais te demander si tu voudrais le prendre dans ton équipe. Si ça n’entrave pas tes études, bien sûr. Je ne voudrais pas qu’il soit un poids pour toi.»

Je me retourne précipitamment vers elle, complètement abasourdie par cette proposition.

«Quoi?»

Elle soupire devant mon air stupéfait.

«Mon mari a cru bien faire en m’amenant ce Pokémon. Il se sent… il se sent coupable de bien des choses. Parfois, il compense maladroitement. Il a voulu montrer qu’il est là, me fournir un compagnon… Il ne comprend pas que je ne suis pas réellement seule. Il ne comprend pas bien des choses, même s’il essaie. Je sais que ce n’est pas exactement facile pour lui.»

Le nuage vient de nouveau obscurcir le ciel de ses yeux. Par réflexe, je viens cueillir sa main, meurtrie par son histoire, par la perspective que j’aurais pu être cet amoureux maladroit avoir été à sa place. Ceux qui ne l’ont pas vécu peuvent-ils un jour espérer comprendre?

«Je n’ai pas eu la force de refuser l’œuf, même si ce centre a une politique très encadrante concernant les Pokémon. Mais sincèrement, je n’ai pas la force de m’occuper d’un petit être. Lorsque j’ai su que Mercedes passerait ici, j’ai su que je lui offrirais ce Barpau mais je ne suis pas certaine qu’elle accepterait. Puis elle a déjà une belle équipe. Ça me ferait plaisir si tu le prenais avec toi et que tu poursuivais tes projets. Je pourrais voir Barpau à la télévision un jour, lors d’un de tes matchs.»

Je ne sais pas comment réagir devant la tornade d’émotions qui me traversent. La culpabilité tout d’abord, celle d’être en santé tandis qu’elle souffre de ce mal que je ne parviens pas réellement à comprendre. La tristesse de la savoir si mal. La pitié aussi, même si je la hais. Sarah a énormément de dignité, d’honnêteté aussi pour affirmer être incapable de s’occuper de ce petit Pokémon. Je ne doute pas un instant qu’en d’autres circonstances elle aurait fait une excellente dresseuse pour son compagnon. Je me sens inondée de respect pour elle, un respect peut-être alimentée par tout ce qu’elle me fait ressentir, par tout ce qu’elle bouleverse.

«M-mais votre mari il ne sera pas fâché?»

«Peut-être. Mais ça nous donnera l’occasion de discuter honnêtement, peut-être, pour une fois.»


Elle se tait mais elle dit tant. Ses yeux trahissent une affection mise à l’épreuve par une guérison difficile. Ses épaules me murmurent toutes les tensions qui y subsistent, le peu de naturel qu’il reste probablement à cette relation. Et ses mains aux mouvements nerveux m’expriment un espoir que les choses s’amélioreront. Je reste un moment silencieuse à l’observer, avant de jeter un nouveau coup d’œil vers le Barpau.

«Je vais m’occuper de lui. Vous pouvez avoir confiance en moi. Je reviendrai vous voir si vous voulez pour vous montrer comment il progresse.»

«J’adorerais.»


J’aimerais lui dire qu’un jour, elle sortira d’ici, qu’elle pourra assister à l’un des matchs de Barpau en personne mais les mots restent pris dans ma gorge. Car je n’en sais rien. Je caresse la tête du Barpau, déchirée entre la joie de l’accueillir parmi mon équipe et la crainte d’être hantée longtemps par les yeux tristes de Sarah.

(c)Golden
Marilou Roy-Morin
Compétitrice
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Dim 26 Aoû - 21:14
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