Légendes d'Enola


 

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 (Re)chute [OS]

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Samaël Enodril
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Date d'inscription : 13/11/2017

MessageSujet: (Re)chute [OS]   Ven 6 Juil - 18:43


&&&



(Re)chute
...
"Evolution de Mihawk"

Jour, nuit... Au bout d'un moment, je ne faisais plus aucune différence. Je continuais de travailler en ne voyant pas les journées défiler. Moi qui aimais profiter de chaque instant, je ne faisais en réalité que perdre des heures que j'aurais pu dédier à autre chose. Je revenais toutefois encore et toujours au même point, aux mêmes coups de stylo ou de tampon... à la même fatigue qui menaçait de m'envahir, aussi. J'avais beau faire de mon mieux pour ne pas laisser cette dernière prendre un terrain qu'elle se ferait un malin plaisir à gouverner, mais je n'ai réussi qu'à lui céder mon corps qu'à partir d'une certaine heure, et pas avant. Ce n'est évidemment pas plus sain de procéder ainsi, surtout quand la chaleur de ces derniers jours vient en plus alourdir tout ça. Heureusement je n'ai en réalité pas le malheur de pouvoir me plaindre réellement de ça, en ce moment. J'ai la clim et un ventilo à ma disposition. Bien sûr, pour l'été, les tenues de la Milice changent aussi, j'y veille également. À l'approche des grandes vacances scolaires, toutefois, la tour se fait de plus en plus silencieuse. La période estivale est l'occasion parfaite pour les touristes de venir visiter l'île. Je ne suis pas en charge de les accueillir personnellement, mais je dois faire bonne figure, tant que je le peux. Et ces temps-ci, pour que je fasse bonne figure, il faut qu'on me la couvre de maquillage et d'anti-cernes parce que j'aurais 'une vraie tronche de zombie' selon les professionnels qui s'occupent de soigner mon image publique. Je suis pourtant le seul à décider de ce que je fais durant mes heures de travail, que je sache. Bon, d'accord, ça fait prétentieux, dit comme ça. Mais c'est uniquement parce que je dois cacher le fait que je me rends compte à quel point mes heures de sommeil sont légèrement exagérées et que peut-être je devrais être plus raisonnable. Parce que je suis le premier à vouloir me barrer de mon bureau dès que je le peux, mais... La culpabilité finit par me rattraper quand je lève même ne serait-ce qu'un regard vers l'horloge pour être sûr. Mais quand je me dis qu'il n'est que une heure du matin et que je peux bien faire quelques documents supplémentaires, je finis toujours par perdre la notion du temps et bah... Voilà, quoi, je rentre de nouveau très tard (ou très tôt selon les points de vue) chez moi, et je m'écroule sur le lit, mais quelques heures après seulement, je sais que je devrai retourner au boulot pour reprendre mes responsabilités. Ce n'est qu'en m'imaginant me blottir dans les bras de mon copain une fois le boulot achevé que j'arrive à tenir jusqu'à ce que je n'en puisse plus et que je me dise que j'en ai assez fait. J'ai tenté au début d'aller plus vite pour pouvoir terminer à des horaires moins folles, mais je me suis tellement mal géré que ça n'a fait qu'empirer mon cas et je n'ai pas cherché à essayer de nouveau.

Alors, ce soir, c'est un soir comme les autres. Comme d'habitude, sur mon bureau est posé un verre d'eau qui me permet de tremper mes mains dedans et ainsi me tenir éveillé le temps que je finisse ce que j'ai commencé. Je retiens un énième bâillement qui n'a pas lieu d'être, et cligne des yeux plusieurs fois pour éviter que mes paupières ne tombent. Même Mihawk, ma Passerouge, est restée pour me tenir compagnie. Je l'ai d'ailleurs vu évoluer sous mes yeux en une adorable Braisillon. Mais bon, même elle a fini par s'endormir sur le bois vernis de la table. Alors je l'ai rappelé dans sa Poké Ball. Comme elle, je sens que je pourrais m'endormir d'une seconde à l'autre. Je crois que la tasse de café de tout à l'heure ne fait plus effet. En même temps, ça fait bien assez longtemps que je ne l'ai prise, je crois. Je n'ose cette fois-ci pas regarder ma montre, en fait, même si je devrais. Mais je dois me rendre à l'évidence : il est devenu, ces derniers jours, de plus en plus difficile de me concentrer. À de trop nombreuses reprises, j'ai raté l'insigne qui permet de reconnaître les documents officiels que je donne ; j'ai fait des traits ici et là qui n'auraient pas dû y être car je sentais le stylo glisser contre la feuille tandis que je commençais à m'assoupir ; j'ai poussé la porte de mon bureau de toute mes forces en m'énervant même dessus alors qu'elle ne s'ouvre qu'en la tirant et que c'est, une fois de plus, mon assistante qui a dû me le rappeler. Entre toutes ces choses et les maladresses que je fais à la maison (mettre la vaisselle dans le lave-linge n'était pas ma meilleure idée), je ne sais plus où donner de la tête. Celle-ci, d'ailleurs, me fait de plus en plus mal et n'arrange pas les troubles de la vision qui ont commencé à apparaître de temps à autre, bien sûr, quand je m'y attends le moins. J'ai cru à un simple coup de chaleur, au départ. Je crois que ça me rassurait. Mais bon, il fallait bien un moment que j'arrête d'être dupe avec moi-même. Mon manque de sommeil criant se lit partout : à mes paroles inaudibles, à mes regards confus, à mes cernes apparentes et grandissantes, à ma démarche moins assurée, et tant d'autres faits qui sont facilement remarquables mais qui me fait peur de relever à présent. Je ne veux pas y penser. Je ne veux plus. Je le devrais, sûrement. Je reste pourtant dans le déni, à me répéter à chaque minute que je devrais y aller, que mon petit-ami m'attend à la maison. Mais je reste. Je reste pour travailler. Encore. Car j'ai l'espoir d'en voir le bout bientôt pour ensuite pour dormir l'esprit léger. Sauf que ça ne s'arrête jamais. Et ça, je ne le comprends toujours que trop tard.

Ce soir, je l'ignore encore, est pourtant particulier. Je suis... plus lent que d'habitude. Je me sens plus lourd, aussi. C'était comme si mon stylo pesait des tonnes. Ma tête semble se comprimer autour de mon cerveau. C'est désagréable. Mon crâne est d'ailleurs aussi lourd que le reste. Il menace de tomber si je ne puise pas dans mes faibles forces pour le retenir vissé sur ma nuque. Il y a un moment que j'ai arrêté de me persuader que je ne somnolais pas au bureau, mais je ne ferais croire ça à personne. Et je suppose que même sans y être, ça doit être facile à deviner. D'ailleurs, mes vertiges ont inquiété quelques employés quand je passais les voir pour leur transmettre des dossiers. J'étais le seul à glousser de ma propre maladresse, d'ailleurs. Mon manque de sommeil n'amuse personne, et à raison. Seulement voilà, depuis le temps, j'ai préféré en rire. Je continuais à croire que cette surcharge porterait ses fruits et que je pourrai me libérer plus facilement pour rentrer à la maison. Sauf que non. Rien n'a changé depuis des mois, excepté les relents de culpabilité qui me parcourent quand j'ose me détendre ne serait-ce que quelques minutes alors que je sais qui s'impatiente dans mes tiroirs de la tour. Me voilà donc encore une fois en train de préparer une nouvelle nuit blanche. Pas que j'aime particulièrement traîner dans cet endroit beaucoup trop luxueux à mon goût (oui je sais c'est paradoxal quand on voit les salles de bains que je n'hésite pas à m'offrir), mais j'avance vraiment à pas de tortue et je ne peux pas me permettre d'avoir du retard au risque de voir les choses s'empirer. La concentration, cependant, est de moins en moins au rendez-vous, et si n'importe quelle personne sensée se serait probablement arrêtée depuis longtemps car c'est évidemment la fatigue pesante qui provoque ce ralentissement, je suis le demeuré qui, au contraire, va forcer son corps à donner davantage de lui-même alors que ce dernier n'en peut déjà plus. Si j'étais une machine, sans doute irais-je plus vite, me dis-je parfois. Je n'aurais pas à me soucier de la faim, de la soif, du stress ou même du sommeil. Mais j'aurais bien du mal à partir d'ici, dans ce cas, ce serait le souci. Et je veux quand même rentrer à la Pension, moi, mine de rien. Il y a les bras tous chauds de mon copain qui m'attendent depuis quelques heures déjà et je commence à m'en vouloir de l'inquiéter à mon sujet parce que je ne suis qu'un irresponsable. Même Zingaro part du travail plus tôt que moi. Enfin... Si tant est qu'il travaille, lui. Si ça se trouve, depuis le début, c'est de sa faute, si je me retrouve avec toutes ces responsabilités. Aaah... Non, je ne vais pas commencer à prendre pour cible n'importe qui même si l'idée, là, est plutôt alléchante. J'imagine que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Mais ma tête, ma pauvre tête !.. Elle me fait mal, très mal... Et mes paupières veulent se fermer, m'obliger à plonger au pays des rêves que je boude depuis plusieurs mois. Aaah... Que j'ai hâte de rentrer...


Elle soupire. Esquisse un geste rapide de la main sur sa veste pour débarrasser les plis. Réajuste son dos pour qu'il soit bien droit. Puis, enfin, entre dans l'ascenseur qui l'amènera au dernier étage, celui réservé aux leaders de la Compétition. Camille trouve que cette tour est bien trop grande pour ce qu'elle contient. Heureusement, ses allers-retours à l'intérieur ne sont pas si fréquents, et elle va le plus souvent au niveau le plus haut pour assister parfois Sirius et lui rappeler ses tâches quand celui-ci les oublie. Une piqûre de rappel ne lui fait jamais de mal, d'autant plus qu'elle ne le déteste pas foncièrement et qu'il est même au contraire plutôt gentil. Juste bête de temps à autre. Mais bon. Elle ne va pas se plaindre tant qu'il ne commence pas à devenir effroyablement prétentieux. Il bosse juste un peu trop. Et Camille apprécierait en temps normal le sérieux d'un honnête travailleur qui fait de son mieux si ledit travailleur n'exagérait pas 'légèrement' sur ses horaires. C'est également pour ça qu'elle est là, se dit-elle, pour lui imposer des limites. Mais elle ne comprend pas comment on peut s'imposer un tel rythme, elle qui bâille déjà rien qu'en voyant les numéros des étages clignoter les uns après les autres. Enfin, arrivée au terminus, elle se faufile entre les portes de l'ascenseur qui s'ouvrent et marche d'un pas assuré dans la direction qu'elle ne connaît que trop bien. Elle frappe à la double portes et s'infiltre dans l'espace réservé du Maître Dresseur une fois que le concerné lui donne la permission d'entrer. Concerné qui, comme elle, bâille à s'en décrocher la mâchoire ; et si elle en aurait été amusée auparavant, elle sait dans quel état la santé de l'Elite est préoccupante depuis quelques temps. Elle se contente toutefois de le saluer par un bref signe de tête dont il a l'habitude.

« Oui, Camille ?..
- Je vous apporte les derniers rapports qui viennent de Nuva Eja. De nouveaux tournois clandestins et illégaux y auraient été découverts.
- Ah... Euh... Très... Très bien. Je vous remercie...
- Je vous les dépose à côté du dossier sur le pénitencier d'Amanil. »

Camille s'exécute en silence, gênée. Le regard de plus en plus vide du dresseur lui fait froid dans le dos, sans qu'elle ne sache pourquoi. Son devoir terminé, l'envie de rentrer chez elle est désormais tentante. Néanmoins, elle reste muette et immobile en détaillant les traits exténués de l'autre. Sa peau est si pâle... Elle contraste avec les cernes grandissantes qui lui font des poches sous ses yeux rougis par le manque de sommeil. Son arrêt brutal pour l'observer intrigue Sirius qui lève distraitement ses pupilles sur elle.

« Un souci ?..
- … Je sais que ce ne sont pas mes affaires... Mais...
- Mais... ?
- Est-ce que... Vous ne devriez pas vous reposer un petit peu de temps à autre ?.. Je m'inquiète pour vous. »

C'est à son tour d'arrêter ce qu'il est en train de faire. On dirait qu'il se met tout à coup à réfléchir. Il cherche quoi répondre. Mais Camille veut qu'il soit sincère, direct. Elle croit le voir penser à des excuses toutes faites qu'il pourrait lui donner.

« Votre attention... est touchante. Mais je vous en prie... Ne vous tracassez pas trop là-dessus. Vous méritez du repos, rentrez chez vous.
- Monsieur... Laissez-moi au moins rester jusqu'à ce que vous vous en alliez !
- Comment ?..
- Je ne peux pas partir alors que vous êtes dans cet état. S'il vous plaît... »

Il hésite, elle le voit. En dehors du fait qu'elle ne le déteste pas spécialement, elle s'en voudrait de l'abandonner alors qu'il est prêt de défaillir. Il ne va pas bien du tout, et elle espère que ce marché l'intimera de finir plus tôt ce qu'il a à faire. Son manège marche, puisqu'il pousse un léger soupir avant d'accepter. Mais même ça, on dirait que c'est difficile physiquement parlant. Ses mains tremblent un petit peu alors qu'il lui tend quelques papiers rassemblés dans une pochette violette.

« Très bien... Attendez-moi en bas, je n'en ai plus pour très longtemps. Pouvez-vous seulement... Passer par l'étage responsable du service à Zazambes pour y déposer ça ?..
- Bien sûr, je m'en occupe. »

Docilement, rendue de meilleure humeur depuis qu'elle s'est sentie utile en obligeant plus ou moins l'autre à délaisser ses responsabilités plus tôt, Camille emporte la pile de feuilles soigneusement rangées et sort aussitôt de la pièce, soudainement plus légère. Elle traverse une nouvelle fois le couloir, avec davantage d'entrain, cette fois, et appuie sur le bouton de l'appareil censé l'amener à une dizaine de niveaux inférieurs. À l'intérieur, elle en profite pour regarder le contenu de la pochette afin de vérifier si tout est en ordre. Et bien sûr, elle secoue la tête, mi-blasée, mi-amusée, en constatant que d'autres papiers hors sujet se sont glissés là. En outre, Camille sursaute en apercevant deux pages avec des informations sur un des deux détenus que Sirius suit attentivement chaque jour. Sachant comme c'est important pour lui, la jeune femme en tailleur appuie vite sur le bouton pour la ramener à son point de départ et rapporter les documents étrangers à leur propriétaire. Dans un coup de fatigue, le Maître Dresseur avait dû les mettre là par erreur. Les étourderies de ce genre sont malheureusement de moins en moins rares, et encore, ils ont de la chance que ce genre de problème soit vite repéré à temps. Alors rebelote, Camille sort de l'ascenseur, trottine jusqu'au bureau d'où elle vient, et toque à la porte du Milicien.

« Monsieur ?.. J'ai retrouvé les écrits du docteur Nikolos, je viens juste vous les ramener... »

Aucune réponse. Il s'est encore assoupi sur son bureau. Comme la porte n'est pas fermée, Camille se permet de l'ouvrir.

« Monsieur, je... Monsieur ?.. »

Toujours seulement éclairé de sa lampe de chevet, elle arrive pourtant, à travers ses lunettes, à voir le visage du cadet même quand il est dans ses papiers. Voilà pourquoi elle est d'abord étonnée en n'apercevant personne alors qu'il se trouvait là à peine cinq ou dix minutes plus tôt. Elle arpente la pièce très brièvement, et sans doute aurait-elle pensé qu'il avait enfin pu se décider à descendre peu de temps après elle par l'autre ascenseur si et seulement si elle n'avait pas aperçu une forme étrange au pied de la chaise appartenant au dresseur. Il lui fait quelques secondes avant qu'elle ne pousse un hoquet de stupeur et d'effroi en reconnaissant enfin une main qui gît au sol. Elle lâche tout ce qu'elle tenait dans ses bras d'une traite et accoure jusqu'au corps inerte qu'elle découvre derrière le bureau pour s'agenouiller à ses côtés, le cœur tambourinant dans sa poitrine et le souffle court. Elle le secoue pour espérer avoir une réponse, prise d'une panique soudaine. Le nom qu'elle crie est le seul son qui rompt le silence de mort qui a toujours régné dans cette pièce désespérément vide.

« Monsieur !... SIRIUS ! »

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